mercredi 22 octobre 2008

La Chine comme un songe évanoui

Où est la Chine derrière les vitre opaque des salles de cours? Où est la Chine de France. Le lait contaminé et quelques faits scandaleux venant encore nous rappeler que ce pays gigantesque est loin de se moderniser avec la fluidité d'une rivière qui coule. Les cyniques et les inquiets diront que l'Europe n'a pas fini de les dominer "ces chinois". Où est la Chine dans les étalages douteux des traiteurs chinois de Paris qui amalgament plats vietnamiens, japonais ou cantonnais cuits et recuits au micro-onde, le tout pour des prix défiant l'entendement, et où sont les armadas de cuistots, le wok au poignet, jonglant habilement de leur instrument de cuisine avant de vous balancer littéralement dans l'assiette la mixture fumante. Où sont ces visages rougis par les piments et l'odeur des petits pains à la viande qui le matin s'exhale des vélo-restaurant qui recouvrent les rues? J'ai mal au dos d'être tant assise, aux genous de ne plus bouger, où sont les masseurs aveugles des rues de Kunming et leur blouse blanche, ceux qui soulagent les corps en souffrance? Où sont donc les vieillards, ceux qui en Chine jouent au Go dans les ruelles, et promènes les gamins dans les parcs, ceux qui chaque matin font leur Taichi dans la rue et qui ici sont condamnés à regarder la vie de leur fauteuil confortable? Où sont les étudiants pressés, allant faire les deux tours de stade de sept heures du matin avant de commencer les cours? Et les chauffeurs de bus fou de karaoké qui savent rendre leur engin plus que convivial, festif? Où est la Chine? Comme un songe évanoui, je m'en éloigne jour après jour.

jeudi 16 octobre 2008

Ou pas....

Il est probable que, prise à la gorge par l'effervescence parisienne, et les injonctions universitaires, je ne puisse pas venir à Dijon. Par contre, si un internaute sauveur à des contacts avec quelqun travaillant dans une cellule de veille géostratégique ou géopolitique, ou dans un département du ministère des affaires étrangères type DAS qui traite de ce genre de question, merçi de me contacter. Je cherche un stage d'urgence dans le cadre de mon master. Quand la réalité parisienne prend le pas sur la poésie de l'errance.

mercredi 8 octobre 2008

Ou à dijon

...où je serai aux Ecrans de l'aventure samedi prochain sur le stand de la fondation Zellidja.

mardi 7 octobre 2008

Au Zango, RDV des voyageurs

Je serai demain soir au café Zango, rue du cygne à Paris, pour présenter mon voyage à l'occasion des "cafés de l'aventure" qui s'y tiennent tous les premiers mardi du mois. Voir le site de la guilde en liens pour plus d'informations.

jeudi 4 septembre 2008

France

Je cherche des occasions de faire partager ce voyage en image et en parole.
Si vous avez des contacts avec des festivals, des gens organisant des évenements autour du voyage ou des publications en tout genre merçi de me transmettre les infos.

jeudi 14 août 2008

Et la suite?

Je ne connais pas tout de la suite des évènements.
Je vais revenir en France, finir mes études, continuer à rêver, et après ?
Quand à la suite de ce blog, qui a été une vraie interface entre mon voyage et les autres, je continuerai peut être d'y distiller les textes que j'ai en jachère. Cette fois ci après reécriture, car tout ce que j'ai écrit ici était de l'ordre de l'"improvisation" et pas toujours tapé dans les conditions idéales....souvent je me trouvais dans des lieux plus ou moins inconfortables avec une bonne dizaine de curieux collés derrière moi.

Je vous invite en tout cas à aller faire un tour aux adresses que j'ai indiquées plus bas.
Sur le site At shabych de Jacqueline Ripart, immense voyageuse qui agit depuis six ans pour faire revivre les cultures équestres du Kirghizistan et du Tadjikistan. Une femme de terrain doublée d'une personalité peu commune.

Pour les cavaliers sur le site de la sellerie Guichard, du matériel à toute épreuve(celle du Tibet c'est pas mal) et des liens avec des sites de voyageurs à cheval, espèce de voyageur un peu à part qui se refuse de partir sans équidé...En ferais-je partie ?

Christophe Tattu part pour une marche de 3000km au Tibet, dans le but de témoigner de la condition de ce peuple. Un itinéraire pour voyageur aguerri et un périple altier donnera lieu à un film au retour.

La guilde Européenne du Raid qui aide à faire vivre le monde de l'aventure en France et propose aussi des missions de volontariat pour ceux qui sont plus tentés par ce type d'engagement.

.....et la fondation Zellidja. Je ne remercierais jamais assez cette vaste famille de m'avoir permis de partir à 19 ans chez les nomades kirghize, avec mon cheval noir Baltahzar. Transmettez ce lien à tous les 16-20 ans qui cherchent élan et aide financière pour se lancer dans le vide.
Pas besoin d'aller au bout du monde, Zellidja subventionne tous les projets individuels de voyage qui démontrent envie et curiosité.

Demain, la France.

mercredi 13 août 2008

Ils ont beau le gratter, jamais ils n'atteindront le ciel

Les buildings clinquants s'élèvent dans les airs avec une insolence doublée d'une ironie sans scrupule alors qu'ils se rient des curieux qui perdent l'équilibre en se tordant le coup pour en voir le sommet. Les curieux peu nombreux car les Hong-kongais semblent ne même plus réaliser l'étrangeté de ce paysage vertical qui vient faire offense à l'universelle ligne d'horizon.
Mais pas d'horizon lointain, car HK la cosmopolite, qui s'imagine un petit centre du monde, vit en fait dans une bulle. Une bulle d'argent et de luxe au coeur de l'Asie du sud. Le monde de la banque et de la finance, son langage obscur, ses rêves étranges, ses aspirations terrifiantes et son incroyable fatuité.

Vanité.

Les existences se croisent et se perdent dans cet univers factice, qui concentre l'une des plus grande densité de population de la planète, l'une des plus importante concentration de richesse, et les plus grands fossés aussi entre deux mondes parallèles: celui des riches et celui des pauvres. Cette vision manichéenne du monde semble presque coller à Hong-Kong comme une seconde peau. J'ai le sentiment étrange que cette ville n'offre d'autre activité que gagner beaucoup d'argent, en dépenser encore plus, ou servir ceux qui gagnent et dépensent l'argent, ce sont les mêmes évidemment.

On est loin du Tibet, des horizons sans fin, du dénuement profond, de la spiritualité omniprèsente. On est loin du désert, des oasis et de la chaleur humaine, du pain que l'on partage avec le voyageur. On est loin de l'Emei Shan, des mystères et de l'érémitisme. On est loin des campagnes du sud, de ce vert éblouissant et de ces vies simples et anonymes. On est loin des villes du centre de la Chine, de la débrouille et du chaos joyeux des marchés du matin.

La Chine m'a offert ce que je souhaitais; des contrastes violents, des claques dans la figure en guise de leçon de vie, des espaces sans fin d'une beauté indicible et des rencontres hors du temps. J'y ai cotoyé des peuples de tous bord: des ouighours, Hui, mongols, kazakhs, kirghizes, Tu, salaars, tibetains, Yi, naxi, bai, et bien sur des Hans. J'ai vu le désert et les sommets altiers du Tibet, les villes grouillantes comme les campements nomades. J'ai connu les tempêtes de neige des hauts plateaux, les tempêtes de sable du désert, la chaleur des forêts sub-tropicales, la saleté des villes. J'ai vécu chez des musulmans, des boudhistes, des taoistes, des chrétiens, dans une Chine bien plus baignée de religion que son gouvernement ne veux le croire.

J'ai peu ri, pleuré des fois, souri toujours, serré les dents souvent, crié une fois, chanté chaque jour de marche, médité de temps à autres, murmuré à mes chevaux, parlé avec difficulté une langue qui n'était pas la mienne.

J'ai vu, j'ai vécu la Chine, chemin faisant, avec Toksun, avec Eole et Zephyr, et tous ceux qui ont croisé ma route et dont je m'attachais, cahier en main chaque soir, à écrire les portraits.

Je rentre en France gonflée d'énergie et de joie, sans illusions, sans désillusions non plus.
Lucide.

Je vous remercie d'avoir suivi de près ou de loin ce journal de bord.
Je remercie ceux qui m'ont aidée, à leur manière, et il y en a eu beaucoup en France, et en Chine surtout. C'est à tous ceux qui m'ont nourrie, logée, aidée, ou tout juste souri que je dois la réussite de ce périple.

Si j'ai marché seule, ce sont les autres qui m'ont permis de le faire, j'en suis très consciente.



....Ils ont beau gratter de toute leur force, ils n'atteindront pas le ciel.

dimanche 10 août 2008


Le voyageur inconciliable.

Le voyageur, idéaliste, rêveur éperdu, perdu aussi parfois, aspire au calme alors même qu'un irrésistible mouvement le pousse vers l'avant.
Tout en avancant, il tend vers un équilibre qu'il n'atteindra jamais, lui qui ne cesse de basculer dans sa course contre le temps, se rattraper, filer de nouveau vers l'avant, vers cette route qui l'aimante.

Il est la proie de désirs incompressibles, qui s'épandent en lui, emplissent son âme jusqu'au trop-plein, comme pour combler un vide qui y reprend sans cesse sa place.
Il est la proie du temps qui court sans perdre haleine, alors que lui ne sait que marcher; et dans son innocence, il croit pourtant en épouser le mouvement.
Il est prisonnier de ses rêves et des élans qu'ils engendrent, d'une énergie qui le lie à la route et anime chacun de ses pas.
Il se croit éternel alors que chaque seconde qui passe laisse sa marque, il se croit immortel alors que la fin le talonne.
Il est entre les mains du doute, des illusions déçues et du désir puissant de voir et de comprendre.

Le voyageur, avide de vie, arrive au temple.

Au dessus de sa tête, une inscription en caractère: " Avec lenteur marche, avec parcimonie exprime toi"
Le voyageur ne sait pas que la vérité qu'il cherche à grandes enjambées se trouve là, au dessus de sa tête, derrière ces mots étranges et qu'il lui suffirait de s'arrêter pour la découvrir.
Il ne sait pas que la réponse au mouvement se trouve dans l'immobilité et que les mots les plus sages demandent le silence pour être entendus.

Alors il crie son amour de la vie, et repart à grands pas.

jeudi 7 août 2008

Macao Insolite





Nouvelle forme de nationalisme, ou amour de la patrie à la chinoise.
Et si on tatouait "vive la France" sur nos petits ?

Intéressant, la banane porte-encens, a essayer chez vous, trés graphique comme design.

Exposition de Slip macanais.

hum

Casino versus Vieux quartiers portugais bis





Macao ne s'est tout d'abord pas offert à moi sous les meilleurs auspices...Après un périple de plus de trente-cinq heures de train et bus divers me voici enfin au sud-est de la chine. Après avoir expérimentée les tempêtes de sable de l'extrême nord ouest, me voici en plein tropique sous la foudre d'un typhon....au terme d'une queue interminable je gagne le poste frontière qui me permet de rejoindre Macao et Hong Kong.....et donc de sortir de Chine de manière définitive car en quittant le continent je mets fin à mon visa. Quelques minutes plus tard, comprenant hébétée que la fin est là, à quelques pas de l'océan pacifique, je me retrouve dans les rues de Macao, sous un torrent de pluie chaude et lourde. Le vent est si violent qu'il arrache mon parapluie orange qui pend lamentablement. Je sors alors mon attirail de guerrière: un sac poubelle...dans lequel j'emballe mon sac, et c'est chargée comme un chameau, vêtue comme une souillon et épuisée que je gagne les rues étroites de Macao.
Je comprends vite que je ne vais pas pouvoir aller bien loin sans la monnaie locale...le Pataca. Me voici en quête de Pataca alors que la nuit tombe et que les bureaux de change sont fermés. Je finis par trouver une espèce de petit escroc local qui m'échange quelques Pataca sous le manteau, et me mets en quête d'un hôtel.
Je vous épargne la description de ce qui fut une quête éreintante et interminable d'une chambre bon marché...après deux heures d'errance humide, le dos en miettes, je me pose au sol sur mon sac, résignée à ne pas payer un prix délirant pour la nuit, quitte à dormir ici, dehors, après tout j'en ai vu d'autres me dis-je.
C'est donc au bord de la crise de larmes qu'un jeune allemand au regard sympathique me récupère et m'entraîne à sa suite en riant dans l'Hospéderia Sanva, la moins chère de Macao. Je me hisse avec peine dans les escaliers obtus de cette vieille demeure portugaise, avec la sensation d'être un de ces "young fellow" ayant parcouru les mers et survécu aux tempêtes et arrivant enfin à l'autre bout du monde, en Orient, pour faire fortune...le XIX éme siècle de Joseph Conrad n'est pas loin. Le XVI éme non plus, le lendemain alors que je me promène sur les ruines de l'Eglise bâtie en 1559 par les premiers jésuites...ils avaient du cran ceux là d'être venus jusqu'ici.
Macao est un étrange mélange entre l'ile de la Tentation à proprement parler, avec ses casinos, ses restaurants opulents, ses boutiques et ses patisseries. De quoi revenir gras et fauché après un séjour prolongé ici. Et puis il y a ce je-ne sais-quoi d'authentique au détour des ruelles pavées et tortueuses, derrière le miroir de l'argent et les facades polies des demeures coloniales. Ce mélange étonnant, détonnant de culture sud chinoise et portugaise, d'occident et d'Orient. Le kitsh un peu désuet à la chinoise avec un peu de cachet européen. Le fouillis des rues chinoises et les tropiques mettent à portée de main l'Europe du sud....et une tasse de café, alors que j'écris mon journal de bord en me délectant de petits flans dorés.
Macao, la moitiée du chemin vers l'europe est déjà parcourue.

Casino versus Vieux quartiers portugais


Chrétiens et boudhistes




dimanche 3 août 2008

Variation sur le thème du sommeil





En Chine on dort partout,
comme on veut, il suffit de se laisser aller au sommeil...dans le train, ou encore sur la table du restaurant de quartier, dans la rue, à même le sol pour les plus malchanceux, ou confortablement dans les sièges lorsque l'on est porteur, puisque le dernier chic pour les chinois riches c'est de se faire porter dans les montagnes...

La ville Amère

Au sol un homme git.

La foule continue de s'écouler dans la rue, abondante, tout comme l'eau qui se déverse dans les rues sous cette pluie diluvienne.

L'homme gît dans la rue devenue ruisseau.

Partout des microphones en main, affublés de costumes plus ou moins ridicules, de jeunes marchands s'égosillent pour vendre plus de téléphones portables, qui font aussi, miracle, GPS, radio, caméra ou télé...
"Et il fait à manger aussi?". Moi,moqueuse.
"Bah non...". Le vendeur désappointé.

L'homme relève la tête et regarde sa coupelle, emplie de billets trempés.

Les tours de verre de Kunming,qui s'imagine petite Shanghaï du sud, surplombent le vaste centre commercial au centre-ville. Au pied de la tour la plus haute, vêtue d'argent, la foule compacte qui se masse vers le "Carrefour" pour acheter ses légumes trois fois plus cher qu'au marché.

L'homme gît toujours, dans un sommeil de mort.

D'ailleurs quelque chose en lui est sans doute mort à vivre ainsi au ras du sol.

Ecoeurée, je cours sous la pluie pour regagner ma chambre.
La ville amère me laisse un goût étrange.

Pourtant je l'avais bien aimé Kunming le premier jour, ses quartiers étudiants foisonnants de café à l'européenne, de bars et de boutiques de vêtements branchés.
Son ciel presque bleu et son climat frais.

Mais rien ni fait, l'envie d'écrire se ternit, celle de parler aux gens, l'enthousiasme se fanne avec les jours. J'ai la ville amère.

mercredi 30 juillet 2008



Terre des Yi





Terre des Yi











La terre des Yi est verte, ce vert profond qui habille les rizières, les bambouseraies, les plantations de mangues, un vert si vif qu'il éblouit.
Les vêtements des Yi sont dominés par le bleu, parfois profond, parfois vif, toujours orné de broderies breloques et bijoux, et agrémentés de couvres-chef parfois imposants. Comme chez tous ces peuples de Chine qui vivent leur culture avec force, c'est d'abord le vêtement qui permet d'affirmer une identité.
Mais la terre des Yi est rouge aussi, le rouge de cette boue gluante qui colle aux pieds.

Un peuple coloré, à l'écriture étrange, semblant tout droit sorti d'un conte. Un peuple d'elfes, de fées des montagnes, telles ces petites vieilles qui escaladent les versants, affublées d'énormes paniers de paille tressés, de leurs petites jambes usées par les âges. Telles ces jeunes beautés qui déambulent fières sous leur ombrelles jaunes, faisant tinter les bijoux de leur chapeau. Un peuple de terrien aussi, qui vit à même la boue dans les cours humides des fermettes grouillantes de volailles, cochons noireauds et buffles paisibles.

Terre des Yi, à l'écart des routes et des vastes villes de l'est, dans une Chine schizophrénique qui ne sait plus où est le juste milieu entre l'ultra-urbanité et tous ses maux, et l'ultra-ruralité. Pardonnez pour ces termes peu francais, mais ils me semblent bien définir le paradoxe chinois et je m'expliquerai....après les 22 heures de bus qui m'attendent pour rejoindre le Yunnan.

mardi 29 juillet 2008

Eprouver la promiscuité

La promiscuité.

J'ai compris subitement toute la charge que contenait ce mot.
"Il est associable, il ne supporte pas la promiscuité des autres".. facile à dire.
Mais qu'est ce que la promiscuité, sa nature triviale, quelles sont les multiples formes qu'elle revêt.
J'ai appris en Chine à ravaler ma pudeur, à ravaler mon désir de tranquilité et surtout ma réticence, naturelle dans certains cas, pour l'Autre.
Nul ne pourra m'affirmer que c'est une question de tolérance: se frotter à l'altérité radicale provoque toujours des réactions étranges, et parfois un rejet que seule la culture et l'éducation permettent d'endiguer.
Ainsi je ne me comporte pas à l'égard des chinois, pointant du doigt les autres en m'exclamant, "les étrangers", je ne fixe pas les gens avec dégoût, du moins j'essaye et je souris même, au moins engageant. Mais cela par ce que l'on me l'a appris.

Et pourtant la promiscuité est parfois douleureuse.
Ce sont les corps qui se heurtent dans les rues bondées des villes, qui se frôlent ou se cognent, qui se bousculent pour se frayer chemin.
Ce sont les corps qui se compriment les uns aux autres dans la file interminable devant les guichets des gares, et où l'on n'échappe pas à ce contact rapproché si l'on veut obtenir son billet.
Les corps qui luttent.
Les corps qui se touchent encore dans les bus trop petits et trop sales. Et ces corps sont ceux de l'Autre. Un autre qui parfois mange la bouche grande ouverte une aile de poulet odorifère, qui crache, qui postillonne, qui sue, qui sent fort, un autre parfois couvert de crasse. Un autre dont les vêtements élimés n'ont pas connu beaucoup de lessive et dont les dents pourries mériteraient plus de soin.

Un autre qui parfois révulse lorsque le corps à corps contraint vous fait entrer violemment en collision avec la triviale réalité des organismes soumis à rude épreuve, lorsque la découverte de la Chine à hauteur d'homme vous met face à la dure réalité d'une culture qui n'envisage pas forcément l'hygiène, la politesse ou ces évidences à nos yeux, sous le même angle.

Un Autre qui vous renvoie à votre propre trivialité et à la difficulté d'affronter la différence. Un Autre qui vous rappelle sans cesse que malgré les efforts, vous aussi êtes "L'Autre", que vous aussi dégoûtez parfois. Ainsi cet homme qui me fixa d'un air révulsé en montant dans le bus, prenant soin de s'asseoir au plus loin de moi.

Et puis la promiscuité c'est aussi celle que les autres recherchent en votre compagnie, en la compagnie de "l'étranger". Tous ces gens qui viennent s'asseoir à mes côtés lorsque je mange, me fixer, qui me pointent du doigt, rient et commentent mes déambulations. Ceux qui tiennent à marcher dans la rue à mes côtés, me piétinant presque en voulant être tout près de moi. Ceux qui se penchent sur mon épaule lorsque j'écris, en s'appuyant sur mon dos, ceux qui viennent dans ma chambre, ma tente même, pour m'observer.

Celles qui tiennent absolument à me suivre au toilettes, qui n'ont généralement pas de porte, car après tout, peut-être que l'étrangère n'est pas comme elles...

Curiosité non malveillante, mais qui s'avère pesante souvent.
Sentiment d'être quelque chose d'exotique, voir de parfaitement étrange ou terrifiant.

Sentiment que ma propre humanité est mise en question.

La Chine m'a imposé cela, elle m'a appris aussi, à aller au delà. A manger sous les regards scrutateurs, à me coucher en sachant que peut être un gamin veillait par le trou de la serrure, à me promener en sentant tous les regards se poser sur moi. Et en ce matin de juillet, dans ce village Yi à flanc de montagne, je sens bien que mon arrivée fait évènement, et que ma présence crée la pagaille. Je sens bien que je suis pour toujours l'"Etrangère"

samedi 26 juillet 2008

Au marché chez les Yi...et le mystère du Dahuoba.







Des visages nouveaux





Me voici en pays "Yi". En témoigne ces photos d'un marché coloré.
Mais qu'est ce qu'un Yi ? Je l'avoue sans peine, avant de me confronter à ces visages, ces vêtements colorés, ces coiffures et ces odeurs nouvelles au marché, je ne m'étais jamais demandé ce qu'était un Yi. C'est une des minorités chinoises qui est ici majoritaire, paradoxe. Et dont la langue appartient à la branche tibéto-birmane, dont la religion est matinée de chamanisme et la culture vivace.
Voila une approche simpliste de ce peuple chez qui j'ai "atterri" hier.
Et depuis mon arrivée, un mystère pointe cependant, le "dahuoba".

Dans la rue, les gens visiblement intrigués de ma présence se cachent le visage dans les mains et rient comme des enfants, m'interpellent, ou me pointent du doigt, et surtout me demandent la raison de ma venue.
"Tu es là pour le "dahuoba"?"......le quoi ?
Je comprenais finalement que commence ce soir (dans une heure maintenant), la plus grande célébrité de l'année "le festival des torches" où pendant cinq nuits les Yi font bruler des torches, dansent autour de grands feux et chantent, sacrifient des bêtes, le tout pour effrayer les démons m'ont-ils expliqué...
La suite après les festivités....

Quand au marché : Vous prendriez bien un petit pied de cochon?
Ou quelques larves, elles gigotent encore, voyez comme elles sont vigoureuses!
Du piment ? (que serait le Sichuan sans piment ?)
Allez, sinon on vous vend un beau gros canard pour pas cher...

"heu..je vais prendre un petit pain au sucre..."

vendredi 25 juillet 2008

Altérité

Xichang, matin brumeux, petite bourgade paumée du Sichuan.
Je cherche un endroit pour aller poser mon sac et me promener autour du lac.
Le lieu est imprégné de la culture Yi, l'ethnie dominante ici, et des femmes en tenue colorée arpentent les alentours du marché, cherchant quelques touristes à poursuivre la main tendue...où, quand la culture ethnique se prostitue au propre et au figuré au tourisme de masse, c'est ici le fait des chinois eux-mêmes.
D'ailleurs toutes les mains se tendent vers moi,les doigts se pointent et j'entends résonner des "laowai" (étrangère) tous les dix mètres.
Regards fixes, parfois bienveillants, souvent durs, "regarde l'étrangère, elle n'est pas comme nous, regarde son nez, ses yeux..."
Première tentative de prendre une chambre dans un hôtel miteux...je demande au type le prix de la chambre, et il me regarde avec un air révulsé, agitant sa main devant lui pour se protéger d'une éventuelle contamination, et me fait signe de partir comme on repousserait un chien. Je le regarde fixement et lit à voix haute la pancarte crasseuse affichée sur la bâtisse crasseuse dans cette rue crasseuse..."HOTEL, c'est bien ça non ! " dis-je en hurlant presque tant sa réaction me fait mal. Cette réaction de rejet brute, de racisme primaire qui ne s'embarrasse pas ici de bienséance. Pas d'étranger chez lui. "Crétin" dis-je, histoire de me soulager, et je m'éloigne sous les regards avec toute la dignité dont je suis capable, avec toute la solitude dont l'hostilité m'accable.
Deuxième tentative...et réaction similaire.

Révulsée, je m'assoie sur un banc et croque une pomme en silence, jusqu'à ce qu'un type puant et édenté vienne tenter de discuter dans un chinois que je ne comprends pas, insistant pour m'inviter chez lui, me complimentant éhontement. Me voici tombée sur le Don Juan le plus repoussant de la ville.

Quelque fois, la Chine me fatigue.

mercredi 23 juillet 2008

PS: 26 le 26.

Bon anniversaire à ma Chevrette folle autrement nommée Juliette Micheline, et bise à la Tigresse du Bengale

Pas devant...dans les toilettes.