mardi 26 février 2008

Entrer en Chine

Il ne s'agit pas d'entrer dans la danse, il s'agit d'entrer en Chine est c'est finalement un peu la même chose.
Le gouffre qui me sépare, par la distance mais aussi par la culture, du pays où je suis depuis une semaine est immense: La conséquence, une sensation d'être réduit en petits grains de poussiere et de voler au vent, un peu à la dérive pour l'instant, je l'avoue. Je ne me fais pas d'inquiètude, j'ai des réserves de courage inexploitées, mais l'attérissage est périlleux.
Pour des questions administratives (obtenir un visa de six mois qui ne m'est pas autorisé en temps que voyageuse), je me suis inscrite il y a des mois à l'université de Xian où je suis en ce moment. J'avais peur des éventuels contrôles de prèsence universitaire, mais j'ai annoncé aux responsables que je n'allai rester que trés peu, et ils n'ont même pas posé de questions. J'ai donc un visa de six mois en poche (miracle) et une chambre à l'universite que je peux quitter quand bon me semble. Cependant, j'ai jugé opportun de passer deux à trois semaines ici avant de partir pour Turfan (départ de mes cinq mois de marche), afin de m'immerger en profondeur dans la vie des étudiants chinois, d'entendre leur langue, de parler avec eux malgré ma médiocre connaissance de la langue. J'ai jugé opportun d'écouter le rythme de la Chine, d'en saisir la mélodie, et de me lancer doucement sur la piste avant d'entrer à corps perdu dans la danse. Et j'ai aussi jugé sensé de ne pas me lancer à pied au nord de la Chine alors que les températures sont encore trés basses.
Durant ce bref séjour, je suis soumise à une sinisation intensive: je vais suivre un cours collectif de Tai Chi le matin devant l'université, puis je suis des cours intensifs ( et je précise qu'il n'y a que des japonaises, qui ne parle même pas anglais), puis je vais manger sichuanais (une province du sud), et je fonce à l'atelier de calligraphie. Le soir je retourne manger du Tofu pimenté, des champignons en beignets, des légumes cuits au wok, et l'indispensable riz qui est offert a volonté ainsi que le thé. Les chinois sont étonnamment minces et menus alors que les rues débordent de nourritures, que les fumets se dégagent à chaque centimètre de rue, envoutants ou répugnants. Globalement c'est une cuisine fascinante de couleurs, d'odeur, de saveur, volubile et exhubérante, c'est une belle découverte.
Au rang des moments les plus drôle de la journee, je hisse le cours de chinois, où les quatre japonaises ne cessaient de s'exclamer d'une même voix, des ooooOOOHHH, et des aaaAAAHHHH d'admiration, à chaque fois que le professeur esquissait une explication. Des explications qu'il prodigue en chinois puisque personne ici pratiquement ne parle un mot d'anglais. Je suis plus qu'heureuse de maîtriser les bases de chinois, car demander sa route, acheter un billet ou trouver des toilettes doit tenir du challenge pour ceux qui ne parlent mots de cette langue. Et les chinois sont loin d'être si désagréable qu'on le dit, pour peu que l'on fasse des efforts. Les japonaises sont d'ailleurs d'une étrangeté inégalée, elles possèdent des collections de mouchoires à motif plus ou moins kitch, des appareils électroniques en tout genre, et surtout des tas de produits pour se laver les mains, les oreilles, se protéger de la pollution. Un hygiènisme assez cocasse. Elles restent un réel mystère à mes yeux.
A la deuxième place du podium des scènes burlesques, mettons la séance de Tai Chi, qui fut pour moi un grand moment de désemparement. Si j'exellais au kung fu (pour une débutante j'entends), dans les coups de pieds rapides et portés haut, je suis pratiquement incapable de la lenteur d'action qu'exige le Tai Chi, qui est aussi une forme de méditation en mouvement. L'arc de cercle lent et régulier que devait décrire mon bras lui faisait subir l'équivalent d'une torture, et l'immobilité me semblait se muer en éternité au bout de quelques instants. Le maitre lui, semblait trouver cela trés drôle, ainsi que les étudiants qui passaient par-la.

Demain la journée commencera par une douche glacée, faute d'eau chaude, et une séance de Tai-Chi, une discipline qui me sera fort utile d'ici trés peu, lorsque chaque pas demandera énergie et patience.
Courir est aisé, marcher très longtemps l'est beaucoup moins et c'est ce qui m'intéresse.

1 commentaire:

françois a dit…

ah je ris de t'imaginer en train de faire du taï-chi!!! lentement sans se sentir ridicule, ne pas se regarder!
bise