lundi 31 mars 2008

Le temps d'un sourire

Comment relater la scène? La pénombre dans le bazar, je cherche un peson et la nuit n'est pas loin de s'abattre, une foule compacte, des silhouettes qui jaillissent de part et d'autre, chargées de paniers, de plâteaux de brochettes, des gens partout qui grignotent dans les échoppes, des artisans qui s'agitent. Et moi fatiguée, qui marche péniblement, c'est mon dernier jour ici, et j'ai passé deux nuits à vomir toute mes tripes après avoir ingurgitée de la viande douteuse. Je suis trés attentive, tous les regards sont tournés vers moi, je le sens, et j'ai pas mal d'argent, que j'ai changé aujourd'hui, pressé contre mon ventre dans une petite pochette. Je croise un ouighour rencontré la veille, beau hasard dans cette "foultitude". Je me dirige vers lui, un instant de relâchement, le temps d'un sourire, une caresse sur mon épaule, une main qui l'effleure, je comprends tout de suite car je suis sur mes gardes, mais ce tout de suite là est déjà trop tard. Une silhouette parmi des dizaines d'autres, partout des ombres qui cavalent, des petits cireurs de chaussures à l'affût, et le coupable du forfait qui est déjà trop loin. On vient de me faire le classique coup du vol à la tire dans le bazar. Tellement classique que je suis presque plus vexée qu'en colère.
VEXEE, ET EN COLERE.
Et je n'ai plus d'appareil photo.
Kahar, le garcon que j'allais saluer, est tout confus.
En bonne fille compréhensive, je dis que je comprends ce que représente un étranger pour un gamin des rues ou un type un peu perdu, une source d'argent facile. Il me rétorque que l'argent n'est pas la question, que c'est une question de morale, et que ce ne sont pas forcément les plus pauvres qui font ça. Il a raison.
En bonne fille qui culpabilise je m'en veux avec rage d'avoir laisser faire ça. Vaine rage.
En bonne moralisatrice,je me console en invoquant le caractère matérialiste de cet incident, ce n'est pas si grave n'est ce pas ?
En bonne matérialiste en fin de compte, je trouve que çà fait cher la soirée...
En bonne fétichiste aussi, je pleure mes images disparues, certaines photos qui furent le fruit d'un effort de construction, et d'une relation aux gens.
Alors je bénis plus que tout, l'écrit, qui nécessite stylo et papier, et ne suscite pas de telles convoitises, dont le matériel est accessible à tous, qui demeure avant tout un produit de l'esprit.
Mais deux jours à me tordre en deux avec l'estomac en furie, et cet incident, ce n'est pas le hamburger que m'offre Kahar au KFC qui me réconforte. Cette hérésie alimentaire suintant le gras et le mauvais sucre me tombe dans le ventre violemment.

Comment dit-on "journée de merde" en chinois ?

Enfin en faible fille, je me plains, c'est le recours des faibles de se plaindre, non ? Mais demain, tout ira bien, car je ne suis pas si faible, matérialiste, moralisatrice et fétichiste que ca, je crois...

Toksun, cheval de voyage.


dimanche 30 mars 2008

Esquisse d'une explication

"Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps, vous prête ses couleurs. Puis se retire et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, cette insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre et qui est pourtant notre moteur le plus sùr" .

Voilà pourquoi partir.

"La dialectique de la vie nomade est faite de deux temps, s'attacher, s'arracher. On n'arrête pas de vivre avec ce couple de mot tout au long de la route".

Voilà pourquoi la marche à pied, le cheval, l'itinérance.

Nicolas Bouvier a répondu à ces questions bien mieux que je ne saurais le faire.
Bientôt, le désert.

samedi 29 mars 2008

En quête.

Tout est allé vite, très vite cette semaine, et je ne sais par où commencer le récit des événements, épiques, qui l'ont jalonnée...
Alors commençons par le milieu, pourquoi pas, histoire de sortir un peu de la dictature de la chronologie, parce que la dictature ici on la subit au quotidien.
Vive la libre écriture, même en Chine, et ce n'est pas gagné.

"on fait quoi?" Ahrmat me regarde circonspect, il attend, mais il sait à mon regard je pense, que l'affaire est jouée. Après moult revirements, en ce matin de mars, matin frais et ensoleillé, au fond de cette petite cour encombrée, je viens de trouver mon premier compagnon de route..."On négocie". Le marchand avance un prix, je rétorque que c'est trop cher, en propose un autre...trop élevé. Il acquiesce, ravi, l'affaire est conclue et je viens de négocier comme une débutante, je le vois au sourire satisfait du Kazakh qui vient de faire une bonne affaire.
Qu'importe, je suis tout de même resté dans les tarifs locaux, autour de 400-500 euros pour un cheval en bonne santé et bien dressé, sauf que j'ai payé le prix fort. Je contemple mon petit cheval avec fierté. Toksun, il s'appellera Toksun, le nom de l'oasis d'où nous commencerons notre marche, notre longue marche, tous les deux. Petit, sec, le dos long et droit, le garrot légèrement proéminent, l'encolure courte surmontée par une petite tête intelligente, les aplombs droits, des petits sabots durs et ronds, une musculature sèche et dynamique: Toksun est un cheval de type mongol, sans aucune hésitation. Il vient de passer l'hiver à 3000m d'altitude, un hiver qui a été en Chine terrifiant avec des thermomètres tombant dans la région à -40°, à gratter la neige pour trouver de quoi survivre. Ce cheval est physiquement dans mes critères, mais il n'a rien d'extraordinaire, ce qui a motivé ma décision, c'est son caractère.
Après examen physique et vérification des dents (et je lui donne 6-7 ans) je l'ai monté, lui ai fait subir une série de manipulations et de tests, pour voir comment il réagissait à la surprise, à la nouveauté, et quelle forme prenait sa réaction de peur.
Verdict, ce cheval est particulièrement sociable, facile à manipuler, de bonne composition et surtout, intelligent. Je me rappelle de ma mule qui face à la difficulté, prenait toujours un temps de pause pour analyser la situation, alors que beaucoup de nos grands chevaux de sport français réagissent par la panique, au risque de se tuer, à des situations de stress. Ce sera donc mon cheval de bât, et peut être une deuxième monture viendra-t-elle nous rejoindre en route, peut-être...

Mais revenons-en au début maintenant, comment me suis-je retrouvée dans cette cour d'une famille Kazakh à 300 kms d'Urumqi ? Comment en suis-je arrivée à trouver ce petit (1m40 au garrot au maximum) cheval mongol ?

Début de semaine, petite échoppe de grillade en plein quartier ouighour dans Urumqi, je suis attablée autour d'une brochette d'agneau et de thé vert avec Ahrmat et sa femme. J'étais en contact avec Ahrmat par mail depuis des semaines, mais c'est maintenant le temps de la rencontre. Ce petit homme de 27 ans porte la moustache à la manière ouighour, fine et courte, et il parle avec des éclats dans le regard. Il parle de la musique, de son père professeur de musique ouighour qui n'a pas pu jouer et a été persécuté pendant la révolution culturelle (qui a eu une idée plus tordue que ca?), de la maison familiale en bordure de désert remplie de chants et de musique. De ses frères et sœurs qui étudient tous durs, et ont dû apprendre le chinois après le bac, leur langue étant l'ouighour, une langue turque utilisant un alphabet de type arabe. Il parle de sa femme et de leur mariage traditionnel, de leur foi dans un Islam tolérant, plus une morale de vie personnelle qu'une doctrine conquérante. Il parle des langues qu’il a apprises, de sa langue, du Kazakh et du Kirghize très proches, du chinois pénible à apprendre, de l'anglais qu'il enseigne et parle avec brio. Et puis c'est à mon tour, je lui expose mon projet, je lui parle de ma vie en France, de mon intérêt pour l'ouest de la Chine, de ma répulsion pour le Gouvernement chinois, de mon expérience en Kirghizie. Le courant passe, il sera mon interprète, c'est sùr. Nous rentrons chez lui et passons quelques heures à jouer de la musique.

Le lendemain aux aurores, nous voilà partis pour la montagne. De kazakh en Kirghiz, de mongols en chinois, d'ouighours en kazakhs, les gens nous renvoient tour à tour à leurs voisins, au total un beau panel des minorités d'Asie centrale. La situation est difficile. L'hiver monstrueux qui a frappé la Chine, a fait des ravages, et au pire moment de la hausse des prix alors que tout le pays était paralysé par la neige, des gens sont morts de faim ici, d'autres ont mangé certains de leur chevaux....Les chevaux sont pour beaucoup morts de faim aussi, et ceux qui restent font peur à voir.
A chaque fois, c'est la même déception, et lorsque nous trouvons enfin un éleveur qui possède quarante chevaux en bon état, rien à faire, il ne veut pas en vendre un seul! Les heures de bus s'accumulent, une nuit dans un motel sordide, la visite de la police, et le bus de nouveau. Je commence à me dire que je suis venue la mauvaise année, ou trop tôt dans la saison, ou même que ce voyage était une hérésie...

Bientôt les Tian Shan, ces montagnes que je connais du côté Kirghize, cette fois ci, côté chinois, elles sont bien plus arides, marquées par l'hiver difficile. Pas un brin d'herbe, rien, comment des chevaux peuvent subsister ici ? Je commence à me dire qu'il faut, dans le choix de mon cheval que je prenne en compte ces critères: j'arrive au moment de l'année ou les chevaux sont les plus maigres, la fin de l'hiver. Ils ont mangé toutes leur réserves de graisse puis de muscle, pour survivre.
Balguntay, c'est là que deux français, Stéphane et Véronique, ont trouvé leurs chevaux il y a 9 ans. Partout, les regards se posent sur moi, insistants, pesants...je suis au centre de l'attraction locale, tout le monde se presse pour me donner des conseils. Demain, nous partons voir les chevaux dans les vallées d'altitudes, je rencontre un éleveur mongol prêt à m'escorter.....

C'est sans compter la tenancière chinoise de l'hôtel qui me dénonce à la police, et une armada de petits policiers chinois qui débarquent dans ma chambre à la nuit, et m'accusent de vouloir corrompre les éleveurs. La bonne blague, vous m'imaginez organisant un forum sur les droits de l'homme au milieu de la montagne la nuit avec une assistance en délire de bergers kazakhs et mongols?...Je rétorque que je ne sais pas parler leur langue, la police me répond que je parle chinois...si vous saviez mon niveau de chinois, vous comprendriez le caractère comique de cette affirmation.
Là, je joue la niaise, je dis que je suis étudiante en vacances et que j'aime les chevaux, je veux juste les voir et je pars. Ils s'en vont, et l'un d'entre eux campe devant ma chambre, histoire que je ne m'évade pas pendant la nuit...Au matin, ils nous suivent dans le restaurant ouighour où nous allons déjeuner. Ils se font menaçants. Si je ne pars pas tout de suite je suis susceptible de poursuites, cette région est interdite. Je leur demande comment je suis censée savoir que la région est interdite, et l'un d'eux me répond d'une manière incongrue: il suffit d'aller sur Google! Intéressant. La vérité est qu'aucune de ces vallées n'est interdite nulle part, mais que ma présence et ma requête incongrue a terrorisé les garants de l'ordre chinois. Pour être brève, l'"ordre" en chine c'est le respect de la Norme, et donc là, je trouble l'ordre. Les policiers accentuent leur menaces: si je parle à quelqu'un, il est passible de prison lui aussi, encore plus intéressant comme pratique.

Je dois dire que je suis assez choquée, par la manière de traiter ces gens, par la soumission qui est la leur, par l'ignorance du monde dans laquelle on cherche à les conserver. Et en ce jour de mars, je représente une intrusion du monde extérieur.
Et puis ils n'ont pas de leader religieux charismatique comme les tibétains, alors ils sont dans l'ignorance du monde, et le monde les ignore. Triste destin. Qui se soucie que ces gens meurent de faim l'hiver, ou que l'on en exécute quelques uns?

Pendant ce temps, Ahrmat, malin, a obtenu le numéro de téléphone et l'adresse d'un vendeur de chevaux qui en a achèté cinq ici la semaine dernière et les a déplacés pour les revendre. Nous faisons donc mine de nous rendre et de prendre le bus pour Korla. Les policiers nous suivent un long moment, s'assurant que nous sommes bien partis. Une fois leur présence lointaine, Ahrmat fait arrêter le bus nous en descendons et cherchons une voiture qui voudrait bien nous mener à la maison du vendeur de chevaux....et là l'idée de génie surgit. Un vendeur de foulard passant par là, j'en achète un et le noue sur ma tête à la manière ouighour...je suis désormais la femme d'Ahrmat. Et si on m'interroge? Tu es sourde-muette me dit Ahrmat. Je m'étouffe de rire, mais arrive au village, je prends le bras d’Ahrmat et regarde fixement devant moi, nous passons devant le poste de police, et personne ne me regarde.

Nous trouvons finalement le fameux vendeur, qui me présente quelques chevaux trop jeunes, d'autres trop maigres, l'un agressif, avant que je ne découvre mon petit cheval au fond de la cour...Le vendeur Kazakh se rappelle de la venue de Véronique et Stéphane et de leur matériel de maréchalerie, la boucle est bouclée, je décide d'acheter le cheval. Il vient d'une petite vallée aux alentours de Balguntay, c'est un hongre de 7 ans, et c'est désormais mon cheval.

lundi 24 mars 2008

Aller vers l'ouest

Le train s'ébranle péniblemenent pour deux nuits et une grosse journée de route à travers la Chine. Aussitôt les chinois sortent les thermos, les nouilles et les bouts de viande séchée qu'ils ne cessent de machouiller. Bavards, les voisins de cabine se lancent vite dans des conversations inspirées dont je tente de glaner quelques mots. Bientôt la nuit, je m'écroule dans ma couchette entre le violon et mon bien trop lourd sac de voyage. Je prends garde à accrocher mon chapeau afin d'essayer de le préserver de la souffrance du voyage, vainement sans doute....Le matin c'est une vision d'un autre monde qui me réveille, une étendue de désert, de cailloux, de sable, recouverte cà et là par de fines pellicules de neige. De temps à autre un village qui semble abandonné , où errent quelques vaches maigres, apparaît derrière la vitre poussièreuse. Une immensité de rien du tout, rien d'autre que ce sol minéral, ce vide abyssal, et bientôt au loin d'immenses chaines de montagnes enneigées. Toute la journée durant, ces paysages lunaires se succèdent, sans relâche....A l'exception de quelques villes hideuses, sorties de nulle part, où le train stationne une longue demi-heure à chaque fois. Ambiance Far-west, c'est le cas de le dire...C'est donc çà le vaste et désert ouest chinois ?
Urumqi, quelques dizaines d'heures plus tard, la ville gigantesque déploie ses buildings au milieu de ce qui fut un vaste pâturage. Domination ostensible de la Chine qui légitime sa domination sur ces territoires à sa manière, la manière forte. Les montagnes apparaissent pourtant derrière les immeubles hideux, car c'est bien le mot pour décrire cette ville sans aucune âme.
Au coeur des rues pourtant, c'est bien un autre monde : Bienvenue en Asie centrale. Les ouighours donnent à la ville une teinte orientale. Curieux mélange que cet univers urbain à la confluence entre monde chinois, turc et arabe. Partout les inscriptions en caractère côtoient celles en arabe.Je suis bien en terre d' Islam. Partout la police lorgne les passants, une police chinoise bien sùr. Je me garde bien d'essayer de m'adresser à des ouighours en chinois, tant leur aversion semble grande, d'ailleurs, à chaque tentative, ils feignent de ne pas comprendre (je ne suis pas certaine que cela soit le cas...). Les moutons morts pendent aux étalages des bouchers, des serpents, lèzards et tortues trônent sur le comptoir d'un sorcier de quartier, et partout des noix, des gâteaux, des pains plats aux graines de sésame qui sentent fort l'Asie centrale et me réconfortent.
Rendez-vous avec Ahrmad, un ouighour qui va me servir de traducteur pour négocier l'achat du cheval. Nous partons demain pour les Tian Shan, là ou il y a de vrais bons petits chevaux.
Les nouvelles de ma part risquent d'être éparses à prèsent.

lundi 17 mars 2008

Précisions tibètaines

Je ne me gêne pas pour aborder le sujet, mon blog est censuré en Chine depuis le début.
Je vous dis juste ce que je sais du Tibet d'ici, peut être plus que de la France malgré la censure. Les étrangers circulent et ils parlent.
La région Autonome du Tibet n'est pas la seule région tibétaine. Les tibétains vivent aussi dans le Qinhai et le Sichuan du nord, régions non autonomes, mais paradoxalement soumises souvent à moins d'oppression. Les évènements se sont bien sûr étendus à ces régions. Et non loin d'ici, la ville du fameux monastère de Labrang, Xiahe (extrême Est du plateau tibétain) est aussi à feu et à sang, il y a eu des morts et la région a été immédiatement interdite d'accès aux étrangers.
La Chine contrôle sévèrement l'information et comme par hasard You Tube, ou ce genre de site où circulent des vidéos, sont inaccessibles depuis deux jours.
On ferme les vannes.
Quand aux chinois je crois que pour la plupart, c'est trop loin d'eux, et ne les préoccupe pas vraiment. Ne pas oublier qu'il y a cependant beaucoup de boudhistes qui n'aiment pas trop que l'on touche aux moines.

Voilà ce que je peux dire, cela ne va pas m'empêcher de traverser, en toute légalité, en train, certaines de ces régions qui s'agitent. je crois à titre personnel que par ailleurs, des musulmans de l'Ouest aux tibétains, cela va se poursuivre jusqu'aux JO, et que les morts vont s'accumuler...

La caravane du bout du monde

"On dit qu'il y fait toujours beau, c'est là que migrent les oiseaux, on dit ça de l'autre bout du monde. J'avance seule dans le brouillard, c'est décidée ça y est je pars, je m'en vais à l'autre bout du monde. L'autre bout du monde."
Emily Loiseau est une petite chanteuse francaise, et alors que je marche allègrement sous le soleil blanc de cette ville à l'air gris, je me prends à chanter ses textes dans ma tête.
La chine sur la mappemonde c'est tout d'abord l'autre bout du monde. Pour moi enfant ça l'a été. Puis cela devient, au choix, cet eden de réussite ou ce vilain pays qui bafoue les droits de l'homme. Cependant ce n'est ni l'un, ni l'autre. Penser la Chine avec nos mots de Liberté, de Droit, de Nation, et même notre vision de l'Homme, conduit irrémédiablement à l'impasse et aux réactions associées, l'ahurissement ou le rejet, voire la colère et le dégoût. Voilà pourquoi peut être est-il bon d'abandonner parfois la position réflexive, chose difficile pour le francais, surtout lorsqu'il a été dressé, je retourne le reproche que j'ai fait au chinois, à penser sur un mode dialectique et de surcroît à imaginer que c'est une donnée universelle de la pensée humaine. Parfois il faut juste accepter de se couler dans la masse, s'abandonner dans la rue à une marche aréflexive, contemplative, essayer de sentir le "chinois qui est en soi" (y-en a t-il un?). Et c'est difficile, c'est si difficile. La manière de fonctionner dans ce pays est si étonnante que bien souvent je ne peux m'empêcher de songer " Mais pourquoi les chinois sont-ils si chinois?" je veux dire par là, pourquoi, comment fonctionnent les schèmes mentaux qui les font agir.

Je dois vous avertir de l'interruption momentanée des communications sur ce blog, je vais rallier Urumqi pour aller chercher mon autre compagnon de voyage, le cheval, le bon. Les choses vont être assez épiques et c'est une fantastique chasse au trésor qui va alors commencer. Je dispose des indices suivants : Le nom d'un ouighour qui peut me servir de traducteur, le nom d'une famille, le nom d'un village perdu dans les Tian Shan, les monts Célestes où résiderait un éleveur de chevaux Kirghizes, et c'est parti. Mon camp de base sera donc fixe à Urumqi d'où je vais rayonner, en quête d'un animal de bât performant et solide physiquement comme mentalement. Je pense acheter deux chevaux pour la raison suivante: Même si j'ai toujours en tête l'idée de marcher, allure qui me satisfait, je vais longer pendant plus d'un mois le désert du Taklamakan (le deuxième plus grand au monde après le Sahara selon certains). Même si les oasis permettent le ravitaillement, un des chevaux pourra être dévoué au portage de l'eau. Autre intérêt de cette solution, en cas de blessure d'un des chevaux le voyage peut continuer, et en cas de déficience de ma part, nous pouvons toujours avancer. Or au vu de l'aridité des espaces traversés le premier mois, j'espère avancer à bonne allure, sans précipitation cependant. Voilà quels sont mes grands projets dans le far-ouest chinois. Voila comment j'envisage ma petite caravane...de l'autre bout du monde.

samedi 15 mars 2008

De l'art d'inculquer la non-pensée.

L'air est sale dans cette gare bondée, et mélangeant mes mots je demande un billet.....d'avion, après une heure de queue, ce qui a pour effet de faire sortir de ses gonds le guichetier. Je m'éclipse penaude et repars faire une autre queue. Il y a une chose que la Chine m'apprend, et quelque chose de pas très jolie: Marcher sur les pieds des autres. Ici, c'est simple, si l'on ne pousse pas les gens, si on ne les double pas, les bouscule pas, on ne peut même pas rentrer dans un bus, on n'est jamais servi nulle part, on se fait écrabouiller comme un pauvre petit occidental à qui on a appris, idée ô combien saugrenue, la politesse...
Dans la queue ou je suis donc à jouer des coudes, éructer pour ne pas que l'on me vole ma place, un chinois s'adresse à moi. Il me sort une photo de Mao, sans doute pour me la vendre, je refuse vigoureusement. Alors, tout fier de lui, il sort de sa poche un portrait d'Hitler, et un de Sadam Hussein: Je le regarde avec stupeur et il me tend de nouveau la face d'Hitler, ce qui a tôt fait de me faire reculer. Il m'explique alors à ma grande stupeur que je dois être fière de cet homme, un grand homme qui savait gouverner les masses, un homme fort quoi. Là j'en perds mon chinois et je annone un "bu hao, bu hao" (Pas bien, pas bien). Je ne sais pas ce que les chinois connaissent de notre histoire, et même de la leur, mais ce genre de réaction me surprend toujours. Quelques minutes après, c'est un homme vêtu d'un costume et parlant un anglais fluide qui me demande où je vais. Je lui dis que je suis là pour acheter un billet de train pour Urumqi, et il commence à crier (les chinois crient tout le temps) que non, je ne dois pas y aller parce qu'"ils" (les musulmans), mettent du sang avec le virus du SIDA, dans la viande...Là je frôle la crise de rire, ou de larmes et je me dis que malgré ma bonne volonté, la crédulité et le manque de discernement des chinois m'est insupportable, parfois. Voilà comment on contient un milliard et demi d'individus, à coup de dressage. Lever matinal pour le sport de 6h du matin à l'école, douche froide, enseignement délirant (dans les livres chinois qui enseignent le francais, De Gaulle est un communiste par exemple), règles de vie strictes, absence de possibilité d'expression. Les chinois sont formés dès l'enfance à rester dans les rangs, et dans l'immense majorité c'est le cas. Ils ne s'en plaignent pas, ne parlent pas de politique, n'ont pas ces débats qui nous sont si chers, et ne connaissent ni leur histoire contemporaine, ni leur actualité. Ils ont par contre l'art d'inculquer au peuple la non-pensée, ou comment vivre sa vie sans faire de remous. Que l'on veuille bien m'excuser de dresser un tel portrait, peu flatteur et forcément parcellaire, mais si je sais m'extasier, je pose aussi un regard critique, en francaise.

jeudi 13 mars 2008

De l'apprentissage.

J'ai toujours recherché avec une grande soif les gens qui avaient l'art d'enseigner.
L'art de donner à leur savoir ou leur discipline un éclat particulier, une vivacité, une truculence. J'ai appris avec avidité a l'école et j'y ai souvent déploré l'absence de réponse du côté des enseignants. Je veux dire par là que beaucoup n'avaient pas la capacité à répondre à la soif de savoir que beaucoup de gens possèdent et qui souvent est sous-exploitée. J'ai appris le violon, avec douleur et peu de talent mais j'ai résisté, j'ai appris l'équitation avec passion, j'ai appris un peu le chinois avec trop peu d'énergie,j'ai appris à courir dans la sueur et les larmes, j'ai appris, appris mes cours en prépa, j'ai appris parce que finalement c'est ce que j'aime. Mais j'apprécie peu les savoirs statiques et ce voyage est aussi pour moi l'occasion de faire de mes compètences et de mes connaissances, même lacunaires, mêmes imprécises, autant d'atouts. La musique devient alors un outil de contact, un langage et ce n'est pas tant le son qui sort du violon qui importe, que le fait de l'avoir avec soi, de pouvoir le prendre, l'accorder, sortir quelques notes...Ce n'est pas tant le nombre de mots de mon vocabulaire qui compte en chinois, mais le fait d'être capable de m'adresser aux gens dans leur langue. Ce n'est pas tant l'érudition qui compte que le fait d'être capable avec une phrase, le bon mot d'un poète, un aphorisme, de s'embarquer dans des délires poètiques, des réflexions ésotériques. Mon voyage rend ces apprentissages vivants. Le dernier en date fut une formation de maréchalerie. Ce fut une de mes grandes fiertés que de réussir à planter un clou correctement après m'être détruit quelques ongles, de voir le fer parfaitement posé sur le sabot bien paré après avoir enduré l'effort qu'implique cette tâche difficile. J'ai hâte de mettre moi-même les fers de mon cheval.

mercredi 12 mars 2008

Far West

La pluie ruiselle le long des larges avenues, formant de véritables torrents qui emportent au passage les déchets. J'ai l'esprit qui vaque au loin, l'air est humide, le ciel noir et l'atmosphère maussade. "Alors c'est vrai, tu pars d'ici ? " m'interroge une étudiante chinoise avec qui j'ai sympathisé. " He bien oui, le visa est en ordre, l'ouest m'attend". L'Ouest pour les chinois, c'est un espace de désert et de montagne, hostile et surtout peuple de gens...étranges "muslim" he oui des musulmans, et des tibétains, et des mongols. A vrai dire personne ne comprend ici ce que je vais aller faire dans une région pareille pour une durée si longue. Un voyage de quelques semaines à la rigueur, mais des mois....des mois....Je me languis de lancer l'aventure pour de bon, la nuit, des rêves de grands espaces et de chevaux me font me réveiller, du sommeil terriblement léger dans lequel je sombre à grand peine chaque soir. Je ne peux en effet m'empêcher de penser à la France qui s'anime lorsque moi, au bout du monde, je m'endors. Et les caractères chinois dansent devant mes yeux d'une manière obsédante. Il n'y a pas d'hésitation la-dessus, partir seule revêt un caractère passionnant mais c'est aussi quelque chose de très difficile.
Les répressions sanglantes se poursuivent dans le Xinjiang, ainsi que les exécutions massives. Les chinois entendent bien montrer qu'ils sont les chefs ici, et que personne ne va venir troubler cet été la grande démonstration de puissance que vont être les JO. Moi dans tout çà je risque d'être freinée dans mon projet par la police, mais peu de chance qu'il m'arrive quelque chose. Si il y a un point frappant en Chine, c'est l'importance accordée à la sécurité des étrangers. J'ai peur cependant que ce climat répressif rende plus difficile les rencontres....A moins que mon violon, que je commence à dompter, ne fasse son effet.

samedi 8 mars 2008

Ces villes infernales

J'ai beau faire des découvertes chaque jour au recoin des ruelles, cette ville, ces villes chinoises sont horrifiantes. La vie qui s'en dégage dans les sourires des gens, l'intense activité, le grouillement, sont fascinants. Mais il y a cette couche de poussière qui recouvre chaque centimètre carré de l'espace, cet air opaque qui cache le soleil, ces avenues immenses où les voitures et les bus joutent pour se frayer un chemin, et que les piètons ne peuvent franchir qu'au moyen de ponts et de souterrains. Tout, partout, est surdimmensionné, démesuré. Ces villes créees par l'homme sont tout simplement inhumaines. Dans la foule du samedi, j'ai cru que j'allais faire un malaise: plusieurs heures de marche en ville m'ont occasionné de violentes quintes de toux. Cet air est toxique, il est temps d'envisager la virée à l'ouest où les températures sont maintenant bonnes et où l'air sera moins saturé.

Un "made in China" qui sonne juste, ou presque...

Un moine du temple

Le temple des huit immortels

Un tapis à la mode chinoise.

Calligraphes

vendredi 7 mars 2008

Non

Savez vous ce qui freina en grande partie le travail de conversion des jésuites et des missionnaires en Chine au XIXème siècle?
Les soucis de traduction. Ces hommes, pour beaucoup érudits et aventureux étaient soumis à un dilemne de taille: reprendre le vocabulaire sacré du boudhisme, au risque de passer aux yeux des chinois pour une secte de plus, ou en inventer un nouveau au risque de ne pas être compris du peuple.
Le premier et le plus immense des problème consista à traduire le mot "Dieu" avant même de songer à traduire la Bible. Eh bien ils ne parvinrent pas à se mettre d'accord entre les multiples propositions "Seigneur du Ciel", " Empereur des cieux", etc....et la question ne fut jamais résolue entièrement.
Comment transmettre des croyances sur lesquelles on ne peut mettre de mot...

Moi ce qui me sidère dans le chinois, c'est que les mots "oui" et "non" n'existent pas. On peut exprimer ces idées mais il n'y a pas de mot "non" comme en francais.
Surprenant non ?

jeudi 6 mars 2008

Sichuan Wu Xiang Tofu?

Tous les soirs, c'est la même histoire. Je pénètre dans un petit restaurant de quartier, une des innombrables petites salles donnant sur le trottoir, avec cuisine attenante donnant aussi sur la rue, où s'agitent quelques cuistots, maniant le couteau avec dextérite. Et tous les soirs on m'apporte le menu, que je demande en chinois avec une assurance feinte. Je fais alors mine de tout comprendre, et plongée dans la description des plats, que le menu comprend par dizaines et qui chacun compte une quantité stupéfiante d'ingrèdients diffèrents, de légumes, d'épices, je m'efforce de trouver un mot que je connaisse. Je finis généralement par opter pour un tofu, en priant trés fort pour qu'il ne soit pas trop épicé. Ainsi, lorsque la serveuse a regardé ma face d'europèenne avec stupéfaction en me demandant trois fois de suite " Sichuan Wu xiang Tofu?!!" j'ai cru malin de lui répondre, "Shi a" ( oui.)Il faut dire que ce tofu aux cinq parfums du Sichuan (une région de montagne du sud ouest), me semblait prometteur....
Lorsqu'elle m'a vu ressortir de son restaurant le visage violet et la bouche enflée, elle a du bien rire, en se disant que ces europèens ne tiennent vraiment pas le piment. Désormais je me méfierai de la cuisine du Sichuan....
L'autre élèment de comique dans les restaurants, c'est le voisin de table que le hasard place en face de vous. Parfois c'est une jolie chinoise qui mange son chou aux cinq épices avec calme, et puis de temps en temps, on tombe sur un vrai rustre qui aspire ses nouilles en faisant gicler du bouillon jusqu'au plafond, crachant ses bouts de piments sur la table, reniflant, engouffrant dans sa bouche grande ouverte d'immenses tas de nouilles que ses baguettes poussent dans son gosier. Le spectacle est cependant folklorique et fort dépaysant, d'autant qu'il ne suscite pas la réprobation, entre ces deux peuples, c'est une trés longue histoire d'incompréhension.

mercredi 5 mars 2008

Les Huit Immortels, les quatre policiers et Clara

Après midi grisâtre, le ciel semble plus que jamais avoir honte des immondes grattes-ciel, qu'il camoufle derrière cet horrible rideau de pollution. Je tousse de plus belle, et aucune des médecines chinoises que j'ai testée avec courage, n'y peuvent rien. Mes poumons exècrent l'urbain, je m'y suis résignée en espèrant que le grand, le bel air, les soulagera de ce poids terrible d'ici trés peu. Au détour d'une ruelle, je pénètre enfin dans la rue du temple des Huit Immortels...Je me plaîs à aller m'imprégner des heures durant de l'atmosphère des marchés, des rues, mais aussi des édifices religieux, qui en disent long souvent sur le rapport d'un peuple au sacré. Ces chinois que l'on m'avait promis désagréables (et je m'étais préparée au pire), je les trouve plutôt drôles et sympathiques, faciles d'abord, on me les avait promis plutôt athés, et bien sur je les découvre très marqués par le sacré, que cela soit dans le cadre des religions, bien présentes, ou des superstitions, encore plus voyantes dans le paysage. Dans cette rue donc, sont assis partout le long du trottoir des hommes vêtus de tenue de la plus rigoureuse (tunique et chapeau noir) aux plus extravagantes (barbes hallucinantes, collier de perles et veste jaune: ce sont des "sages", des oracles, des sorciers, des voyants, des moines aussi, je ne sais pas exactement, et ils sont ici pour répondre aux problèmes des gens qui viennent les consulter avec grand sérieux. Charlatans, ou ascètes, ces sages de la rue font communier le ciel et les hommes du rebord de leur petite chaise, convoquent les esprits, lisent dans l'avenir...Une femme m'en fait une brillante démonstration à laquelle je ne comprends mot. Entrée dans le temple, j'observe une scène d'un autre âge. Dans un temple, que l'on dirait sorti d'une peinture classique, des moines vêtus de noir déambulent de cour en cour, les cheveux nattés, me gratifiant de sourires bienveillants alors que je fais le tour du propriétaire. Bien sùr je n'ai pas les clefs pour comprendre ce que je vois sous mes yeux. Qui étaient les Huit Immortels? Quelle place a le taoïsme dans la Chine d'aujourd'hui ? Je ne peux le mesurer, mais à l'ombre des immeubles, les chinois viennent ici brûler de l'encens et prier. C'est alors que s'avancent vers moi quatre policiers, ce qui aussitôt m'inquiète. Je suis loin de me douter que je vais passer une heure à parler avec eux, dans un héroique élan de communication de ma part, et un héroique élan de patience de la leur pour se faire comprendre. Après une séance photo des plus cocasses au milieu du Temple, les policiers retournent prier les Huit Immortels, me laissant hilare au milieu de la cour centrale.

lundi 3 mars 2008

Délier les mots

Elle est là comme suspendue à mes lèvres: deux ans qu'elle s'éprouve à apprendre le francais, pour elle la langue de Sagan et Maupassant, et là devant elle, une authentique francaise. Echos est une petite étudiante chinoise de la fameuse université de Jiaotong. Je lui parle de ma langue, de notre grammaire et notre syntaxe. De notre langue prompte a s'écouler à profusion, à se déverser en un flot de propositions, articulées par des virgules qui ne semblent plus en finir pour les chinois; de notre vocabulaire précis, riche, qui se plait à filer la métaphore, de notre goût du verbe juste, de notre notion du temps. Et j'évoque le chinois qui a la chronologie, préfére les aspects, qui aux catégories de mots structurées, favorisent la souplesse, qui à la précision, subtilise parfois la suggestion et l'ambiguité, ce qui fait d'ailleurs la poésie de la langue. Nous parlons de nos deux langues, dans nos deux langues. Dialogue passionnant bien que heurté du fait de notre difficulté à enchaîner les phrases. Deux langues, deux conceptions du monde, deux manières de le dire et donc de le voir.
Le voyage est aussi ce que l'on s'en raconte, sa force est dans la poésie que l'on peut ou non y injecter.
Je commence à rentrer dans le voyage car je commence à me raconter l'histoire de ce que je vis et à m'en délecter.
Ca y est me voici en Chine.

dimanche 2 mars 2008

Jeux d'enfant

Les chinois sont incroyablement diffèrents de ce que j'imaginais. Certes il y a cette discipline ancrée dans le quotidien: se lever tôt, faire des exercices, travailler, s'activer, les gens jamais ne restent inactifs, et à cela s'ajoute le nombre, ce qui donne l'impression d'un mouvement perpétuel. Mais ils sont aussi joueurs, rieurs, taquins voir moqueurs et plutôt touchants. Les gens, partout, s'attroupent autour d'un jeux de carte, d'un jeux de Go, autour d'un joueur de violon chinois, d'un acrobate. Ils s'attroupent autour des calligraphes, des marchands de riz gluant ambulants qui font de la confection de ce dessert un spectacle de rue, des vendeurs d'antiquité, se retrouvent devant l'échoppe de la loterie, ou écoutent les conteurs qui improvisent des pièces au coin des rues. Partout la vie déborde, les rues s'animent pour le plaisir des marcheurs. Certes, si l'on sillone les immenses avenues du centre ville, recouvertes de magasins de vêtements coûteux et de téléphones portables, on est pris d'un haut le coeur. Mais il suffit de s'aventurer dans les rues bondées pour entrer dans la Chine de plein pied: Peut-on encore parler d'uniformisation des modes de vie? La vie des chinois présentent pour un francais une véritable alterite, et traduit des diffèrences culturelles énormes.
Dimanche matin, de bonne heure, je pénètre dans le parc le plus connu de la ville. Quelle n'est pas ma surprise d'y être accueillie par le son d'un tango et de découvrir a l'entrée du parc des dizaines de couple s'exercant à cette danse. Plus loin ce sont des femmes qui s'entrainent à cet art martial qui consiste à faire des mouvement avec un éventail, des jeunes garcons qui repète leur Kung Fu. Parmi les arbres on apercoit des solitaires qui répètent avec lenteur des mouvement de Tai Shi, épousant le rythme des branches qui balancent avec le vent léger d'un printemps naissant. De jeunes couples promènent leur enfant unique, et l'on croise de nombreux promeneurs qui entonnent en rythme des chants d'opéra chinois. Toute cette culture, loin d'être reléguée au rang du foklore, est belle et bien vivace. Les chinois ont bien trop conscience de la singularite de leur culture pour que le capitalisme à la mode du XXI eme siècle ne l'efface.

Je me suis ensuite rendu a la gare, pour connaitre les trains suceptibles de me mener à Turfan, il y en a un par jour, et il met...58 heures pour arriver. Une traversée de la Chine qui s'apprête a être exhaltante. Même si le prix est identique, je refuse l'idée de l'avion, la traversée en train me semble une étape passionnante.

samedi 1 mars 2008

Un violon de compagnie

J'ai arpenté tout l'aprés-midi les rues étroites du quartier musulman, où se bousculent les cyclomoteurs, les vélos et les passants, en quête d'un violon. Ce quartier musulman est le domaine des Huis, une population qui résulte du mélange des chinois avec les peuples Arabes et Perses venus commercer et pour qui Xian était la dernière étape de ce que l'on nomme communément la route de la soie. Ils sont donc trés diffèrents des autres musulmans de Chine, des Turcs venus de l'autre côte (de Siberie) pour s'étendre jusqu'à la Turquie actuelle, sur un mode plus conquérant que commercant. Je m'excuse pour cette apparté historique sans doute lacunaire, mais en résumé, le vestige de la route de la soie le plus intéressant n'est pas pour moi les monuments (caravanserail ou autre), mais plutôt les gens qui aujourd'hui vivent et sont le produit de ces échanges. Par ailleurs, l'Islam Hui est matîne de culture chinoise, il suffit de voir la mosquée, qui ressemble à un temple taoiste comme deux gouttes d'eau à première vue... Je me promenais donc dans ce quartier lorsque j'ai trouvé mon bonheur, une boutique qui vendait quelques instruments de musique. Après quelques négociations je suis repartie avec l'instrument sous le bras. Un authentique violon chinois à 40 euros. Cet instrument est un peu une erreur de la nature, un cataclysme vivant, un instrument de torture pour les oreilles et un ouvrage de fort mauvaise qualité. Après quelques essais, j'ai pu constater qu'il était presque impossible de "faire de la musique" avec un tel engin, et qu'à défaut et aussi par pitié, j'en ferai mon instrument de compagnie. Nous jouerons tous deux des mélodies semi-fausses et au son nasillard mais qui auront le mérite d'attirer l'attention et de créer le contact ou peut être de scuciter une certaine compassion.... Nous voila maintenant deux sur les routes de Chine.