samedi 15 mars 2008

De l'art d'inculquer la non-pensée.

L'air est sale dans cette gare bondée, et mélangeant mes mots je demande un billet.....d'avion, après une heure de queue, ce qui a pour effet de faire sortir de ses gonds le guichetier. Je m'éclipse penaude et repars faire une autre queue. Il y a une chose que la Chine m'apprend, et quelque chose de pas très jolie: Marcher sur les pieds des autres. Ici, c'est simple, si l'on ne pousse pas les gens, si on ne les double pas, les bouscule pas, on ne peut même pas rentrer dans un bus, on n'est jamais servi nulle part, on se fait écrabouiller comme un pauvre petit occidental à qui on a appris, idée ô combien saugrenue, la politesse...
Dans la queue ou je suis donc à jouer des coudes, éructer pour ne pas que l'on me vole ma place, un chinois s'adresse à moi. Il me sort une photo de Mao, sans doute pour me la vendre, je refuse vigoureusement. Alors, tout fier de lui, il sort de sa poche un portrait d'Hitler, et un de Sadam Hussein: Je le regarde avec stupeur et il me tend de nouveau la face d'Hitler, ce qui a tôt fait de me faire reculer. Il m'explique alors à ma grande stupeur que je dois être fière de cet homme, un grand homme qui savait gouverner les masses, un homme fort quoi. Là j'en perds mon chinois et je annone un "bu hao, bu hao" (Pas bien, pas bien). Je ne sais pas ce que les chinois connaissent de notre histoire, et même de la leur, mais ce genre de réaction me surprend toujours. Quelques minutes après, c'est un homme vêtu d'un costume et parlant un anglais fluide qui me demande où je vais. Je lui dis que je suis là pour acheter un billet de train pour Urumqi, et il commence à crier (les chinois crient tout le temps) que non, je ne dois pas y aller parce qu'"ils" (les musulmans), mettent du sang avec le virus du SIDA, dans la viande...Là je frôle la crise de rire, ou de larmes et je me dis que malgré ma bonne volonté, la crédulité et le manque de discernement des chinois m'est insupportable, parfois. Voilà comment on contient un milliard et demi d'individus, à coup de dressage. Lever matinal pour le sport de 6h du matin à l'école, douche froide, enseignement délirant (dans les livres chinois qui enseignent le francais, De Gaulle est un communiste par exemple), règles de vie strictes, absence de possibilité d'expression. Les chinois sont formés dès l'enfance à rester dans les rangs, et dans l'immense majorité c'est le cas. Ils ne s'en plaignent pas, ne parlent pas de politique, n'ont pas ces débats qui nous sont si chers, et ne connaissent ni leur histoire contemporaine, ni leur actualité. Ils ont par contre l'art d'inculquer au peuple la non-pensée, ou comment vivre sa vie sans faire de remous. Que l'on veuille bien m'excuser de dresser un tel portrait, peu flatteur et forcément parcellaire, mais si je sais m'extasier, je pose aussi un regard critique, en francaise.

4 commentaires:

Patxi a dit…

Peut-on écraser les pieds de pieds-bandés ?

François a dit…

C'est terrifiant et fascinant !

François a dit…

Par contre je pense que je frôlerais constamment la crise de rire et la crise de larmes, à coup d'énervement et d'hébétude face à ce qui me semble être une flagrante injustice du savoir.

François a dit…

C'est parce qu'on écrase trop souvent les pieds des Chinois qu'ils ont les pieds bandés!