lundi 17 mars 2008

La caravane du bout du monde

"On dit qu'il y fait toujours beau, c'est là que migrent les oiseaux, on dit ça de l'autre bout du monde. J'avance seule dans le brouillard, c'est décidée ça y est je pars, je m'en vais à l'autre bout du monde. L'autre bout du monde."
Emily Loiseau est une petite chanteuse francaise, et alors que je marche allègrement sous le soleil blanc de cette ville à l'air gris, je me prends à chanter ses textes dans ma tête.
La chine sur la mappemonde c'est tout d'abord l'autre bout du monde. Pour moi enfant ça l'a été. Puis cela devient, au choix, cet eden de réussite ou ce vilain pays qui bafoue les droits de l'homme. Cependant ce n'est ni l'un, ni l'autre. Penser la Chine avec nos mots de Liberté, de Droit, de Nation, et même notre vision de l'Homme, conduit irrémédiablement à l'impasse et aux réactions associées, l'ahurissement ou le rejet, voire la colère et le dégoût. Voilà pourquoi peut être est-il bon d'abandonner parfois la position réflexive, chose difficile pour le francais, surtout lorsqu'il a été dressé, je retourne le reproche que j'ai fait au chinois, à penser sur un mode dialectique et de surcroît à imaginer que c'est une donnée universelle de la pensée humaine. Parfois il faut juste accepter de se couler dans la masse, s'abandonner dans la rue à une marche aréflexive, contemplative, essayer de sentir le "chinois qui est en soi" (y-en a t-il un?). Et c'est difficile, c'est si difficile. La manière de fonctionner dans ce pays est si étonnante que bien souvent je ne peux m'empêcher de songer " Mais pourquoi les chinois sont-ils si chinois?" je veux dire par là, pourquoi, comment fonctionnent les schèmes mentaux qui les font agir.

Je dois vous avertir de l'interruption momentanée des communications sur ce blog, je vais rallier Urumqi pour aller chercher mon autre compagnon de voyage, le cheval, le bon. Les choses vont être assez épiques et c'est une fantastique chasse au trésor qui va alors commencer. Je dispose des indices suivants : Le nom d'un ouighour qui peut me servir de traducteur, le nom d'une famille, le nom d'un village perdu dans les Tian Shan, les monts Célestes où résiderait un éleveur de chevaux Kirghizes, et c'est parti. Mon camp de base sera donc fixe à Urumqi d'où je vais rayonner, en quête d'un animal de bât performant et solide physiquement comme mentalement. Je pense acheter deux chevaux pour la raison suivante: Même si j'ai toujours en tête l'idée de marcher, allure qui me satisfait, je vais longer pendant plus d'un mois le désert du Taklamakan (le deuxième plus grand au monde après le Sahara selon certains). Même si les oasis permettent le ravitaillement, un des chevaux pourra être dévoué au portage de l'eau. Autre intérêt de cette solution, en cas de blessure d'un des chevaux le voyage peut continuer, et en cas de déficience de ma part, nous pouvons toujours avancer. Or au vu de l'aridité des espaces traversés le premier mois, j'espère avancer à bonne allure, sans précipitation cependant. Voilà quels sont mes grands projets dans le far-ouest chinois. Voila comment j'envisage ma petite caravane...de l'autre bout du monde.

1 commentaire:

Patxi a dit…

Pour paraphraser l'affectueux levraifrançois:
humm... la Mentale...