dimanche 6 avril 2008

Oasis

Le sol éructe, se gondole et se fend, sous les coups d'un soleil top dur qui atteint les 50 degrés en été, et tape déjà trop fort en ce début d'avril. Les rares épineux qui sorte de la terre jaune et dur se plantent, agressifs, dans le bas de mon pantalon de toile épaisse. Toksun en tentant d'en avaler, s’en plante plein les naseaux et c'est une entreprise ardue que de les lui retirer.
A l'horion rien du tout, rien d'autre que ce ciel gris, cette lumière éblouissante et la terre et le ciel qui se confondent dans une immensité jaunâtre. Lunettes et chapeau, tête baissée, j'avance au rythme lent des pas du cheval chargé de mes caisses, lesquelles contiennent tout le matériel.
Certains tentent le sommet de l'Everest, le plus haut point du monde, je suis en train de marcher sur l'un des points les plus bas de la terre, un défi d'un autre genre dans la dépression de Turfan.
J'ai ferré mon cheval de neuf, non sans peine et sueur car la corne était dure, et essayé le matériel de bât. Fin prêts nous avons alors quitté à pas lent la maison de nos hôtes en route pour le désert, en route pour Turfan.
C'est alors la vie d'oasis qui commence.
L'oasis, c'est d'abord pour le marcheur, une promesse, un vague rêve, un point d'ancrage que l'on espère gagner. Ici ce n'est pas le vrai désert, mais le "semi-désert", et une quarantaine de kilomètre séparent Toksun de Turfan, il faut les parcourir d'une traite, sans possibilité de s'approvisionner. Et contrastant avec cette solitude, le silence de ces étendues balayées par les vents ou seuls les lézards semblent pouvoir subsister, apparait la forme vagues des arbres et du village. Puis bientôt ce sont les maisons de torchis sommairement meublées et les rues bordées d'arbres le long desquelles coule à flot l'eau dans les rigoles.
Le génie humain a permis de mettre en place un système d'irrigation qui rend ici la vie possible. Les gens m'ouvrent partout la porte de leur cour intérieure où reposent de petits ânes et ou les femmes épluchent les légumes ou font cuire le pain.
C'est une vie simple que ces gens m'offrent sans rien attendre en retour, sinon l'exotisme de ma présence qui suscite de véritables attroupements. Chacun vient m'apporter du fourrage pour le cheval, un pain, cherche à me parler, je sens les regards fixes sur moi, et mes moindre faits et gestes sont soumis au regard d'un auditoire curieux.
Les levers sont très matinaux, et l'on se restaure d'un grand bol de lait dilué à l'eau chaude, dans lequel on fait tremper le pain dur. L'atmosphère est paisible, dans ces villages d'un autre monde que le notre, où la vie est encore rythme par le lever du soleil, la cuisson du pain, la traite de la vache.
Alors même si la route est longue, si la marche est pénible parfois et si le confort est des plus rudimentaire, il y a toujours l'espoir de l'oasis et de cette vie humaine qui déborde de toutes parts.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

coucou clara !

un petit coucou d'argentine ! Joues tu beaucoup de violon ? ici, j'ai trouvé un piano et c'est salvateur de pouvoir jouer un peu !

je t'embrasse fort, nini de l'autre côté du monde !

Salar a dit…

See Please Here

Jo a dit…

Hello Clara,

c'est un grand plaisir que de lire ton blog : du courage, du rêve, une incroyable force de caractère et une plume délicieuse. Bravo !
C'est ici un exemple précieux pour nous autres, Parisiens ennuyés, qui n'avons jamais rêvé que de partir à l'aventure et qui n'avons jamais eu le courage de le faire!
Continue de nous écrire comme ça,
Jo

anne-marie a dit…

Bonjour Clara, aujourd'hui la Flamme Olympique est à Paris et son parcours à travers les rues de la plus belle ville du monde est fortement "chahuté", je viens d'entendre sur les ondes qu'elle aurait été éteinte par des manifestants ("reporters sans frontière" fait très fort). Malheureusement , très peu d'images de tout cela car les organisateurs et les forces de l'ordre semblent débordés par les opposants au régime chinois. J'en saurai plus ce soir.... A la lecture de ton nouveau chapitre, ta longue marche a maintenant démarrée. Toksun a lui aussi beaucoup de chance, il parcourt ces 4000 kms à tes côtés. Quel destin pour ce petit cheval. L'accueil chaleureux dont tu fais l'objet doit te donner du baume au coeur surtout après tes mésaventures avec le "faucheur" d'images. C'est rassurant de savoir que, quelque part dans le monde, des gens donnent sans rien attendre en retour. Le donnant donnant n'est pas de mise. Dans nos vies si égoïstement bien installées, c'est une valeur aujourd'hui oubliée, enfouie, endormie. Thierry m'a dit que tu allais de nouveau pouvoir prendre des clichés... Penses à sauvegarder !! Au plaisir de te lire à nouveau et que la suite de ta marche te sois douce.