samedi 10 mai 2008

Esprits et démons

Le jeune garcon a revêtu une cape brodée d'or aux motifs rouges et bleus profonds.
Il passe autour de sa taille une sorte de jupe cousue dans un tissu identique.
On lui passe sur la tête un couvre-chef surmonté d'un pic s'élevant vers le ciel, et d'où des grelots lui coulent sur le visage et lui cachent les yeux. Il tient à la main un sceptre orné de longues pièces de soie bleue et jaune. Les hommes l'accompagnent et tous déambulent dans la cour de la vaste demeure en récitant des incantations, ou peut-être sont-ce des chants, et en jetant au ciel le liquide contenu dans une fiole de verre. Ils achèvent leurs déamulations et se rendent dans la pièce principale, presque nue, au centre de laquelle on a étendu un tapis et posé dessus une chaise, telle le trône d'un monarque. Le jeune garcon s'y asseoit et l'homme à la fiole seul reste à ses côtés. Tous les habitants de la demeure sont réunis sur le côté et regardent en silence, les enfants aussi. L'incantation se fait plus puissante, le rythme des mots qui s'écoulent de la bouche de l'homme à la fiole s'accèlère, et le jeune garcon en tenue de cérémonie se met lui aussi à réciter en rythme ces mots qui pour moi n'ont pas de sens. Son corps commence alors a tressaillir, frémir, trembler des pieds à la tête alors que l'homme à la fiole continue d'augmenter l'intensité de ses chants. La tension est palpable et les spectateurs de la scène se mettent bientôt à se prosterner, à genoux, la tête contre le sol froid, en rythme. Toute la pièce bat au rythme des incantations, des tremblements du jeune garcon qui font tinter les grelots de son couvre-chef sur lequel on a maintenant déposé une couronne d'or décorée d'effigies de boudha. Les tremblements deviennent convulsions et la respiration du garcon se fait haletante, la main cramponnant le sceptre se crispe avec une telle violence qu'il semble que les muscles vont imploser.
A l'acmée des convulsions, le corps du jeune homme se rétracte et s'affaise lègèrement. Un silence de mort fait place au tintement des grelots, quand soudain une voix incroyablement grave, gutturale, une voix d'outre-tombe sort de la bouche de ce jeune garcon qui s'exprimait tout à l'heure d'une frêle voix. Péniblement les mots sortent, et un homme de l'assemblée, en sanglots, vient se prosterner aux genoux du garcon. Celui-ci semble comme en hypnose et de son corps contracté s'échappe cette voix terrifiante. Quelques minutes plus tard, il est repris de violentes convulsions, et s'affaisse en un instant, haletant, suffocant.
On lui ôte son couvre-chef et le voilà qui reprend une voix normale et un regard humain.

Il ôte ses vêtements de cérémonie et tout le monde va se remettre de ses émotions autour de la viande d'une chèvre sacrifiée pour l'occasion.
On me parle d'esprits, d'un malade a guérir, de démons, on m'explique mais je ne comprends rien. Ce n'est pas que le problème de la langue. Comment pourrais-je comprendre un monde qui est dominé par l'irrationnel? Comment pourrais-je sentir ces démons et ces esprits, ces forces transcendantes que ma raison ne peut appréhender?
Le monde des tibétains est un monde angoissant, où l'homme est la proie de démons, où l'homme est une bien petite chose. Et ni les téléphones portables ni les voitures et les ordinateurs, ne changent quoi que ce soit à cette manière d'appréhender le monde, si fondamentalement étranger au nôtre.

Les longues journées de marche avec Eole et Zephir, sous un vent de mai toujours violent, par des ciels qui passent du bleu au gris et resplendissent les nuits calmes, je m'essaye à cesser de penser. Je m'essaye à laisser mes pas couler et à me fondre au décor. Sans grand succès car mon esprit pris de panique cherche à se substanter de réflexions, d'images et de souvenirs. Il cherche à se remplir dans ces immensités qui confinent parfois au vide. Dans ces décors si gigantesques que la vue me trompent souvent.

Mais mes vaillants coursiers sont là pour me ramener à mes obligations de chef de troupeau et réclamer pitance, eau, repos, ou réconfort. Maintenant doté de jolis paires de fer qu'il n'a pas été aisé de leur mettre, ils cavalent derrière moi mieux que jamais, en direction de Yushu...

2 commentaires:

anne-marie a dit…

Voilà une cérémonie à la fois étrange et fascinante. Ce rituel est bien loin de nos modes de fonctionnement et de pensées occidentaux. On en a la chair de poule. Effectivement cela doit être difficile de comprendre et de s'imprégner de ces rituels ésotériques.

Anonyme a dit…

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