mercredi 25 juin 2008

Chemin faisant vers l'été

Ces kilomètres là, on les a arraché au mauvais temps qui continuait de se déchaîner sur nos petite têtes poilues pour les chevaux, et chapeautée, capuchée, encagoulée pour moi, qui n'est quitté ma parure hivernale qu'en arrivant à Yushu, où la neige s'était transformée en pluie.
En chemin, s'est transhumant que nous avancons vers l'ete, transhumant avec un berger, sa fille et ses yacks, au cote de qui je fais route deux jours durant. Il fait froid, il pleut et les deux marcheurs n'ont rien d'autre qu'un baluchon avec quelques morceaux de pain et une bache en plastique sous laquelle ils s'britent lorsque la pluie devient trop violente. Et c'est pourtant chantonnant, sautillant , que la fillette rassemble les yacks. Je me mets moi aussi bientot a assner de vigoureux " Ya, ya, ya", et mue par un instinct etrange, a rassemble les fuyard, a recomposer sans cesse la masse mouvante du troupeau qui s'agite en ruminant.
Sans mot dire nous parcourons 70km a une allure d'une lenteur contemplative. Mais je suis bien, je ne marche pas seule pour une fois et cette presence a queque chose de miraculeux. Le soir venu, c'est sous la tente de nomades, ou le vent penetre par vague, autour d'un bol d'eau chaude et d'un morceau de pain que nous regardons la nuit tomber, alors que la femme de la maison va traire les yacks.
Coiffee d'enormes perles qui s'agitent sur son crane recouvert de longues tresses lui coulant dans le dos. Elle tient dans son manteau de peau une petite fille hirsute qui semble n'avoir jamais connue l'eau tant son visage est noir de crasse.
Elle ne cesse de me parler fort, en riant et secouant sa coiffure, en agitant ses grandes mains et son grand corps. Les nomades de cette region se caracterisent en effet par leur tres grande stature, ainsi que ces parures etranges qui ornent cheveux et vetements.



Plus tard nous deboucherons enfin dans la vallee qui mene a Yushu, apres le passage du dernier col au sommet duquel deux jeunes moines m'offre un bol de the, en discutant de tout et de rien, c'est a dire du Dalai Lama, du temps, des chinois et du sort du Tibet. La, c'est le miracle. 1000m plus bas, a 3700m d'altitude (pensez, presque au raz du sol!), toutes les odeurs que l'altitude avait anihilees resurgissent avec puissance. C'est l'effluve des fleurs qui tapissent la vallee, l'odeur acre des chevaux, celle de l'herbe beaucoup plus grasse, celle du torrent qui s'ecoule avec abondance. C'est l'oppulence, et sous un beau soleil, c'est l'ete qui arrive avec une etonnante soudainete. La pluie reprenant de plus belle le soir venue efface cependant mes espoirs de repos, et c'est trempee que je me fait receuillir par une nonne dans une bicoque de terre perchee a flanc de vallee.

Partout ce ne sont plus que monasteres aggripes sur les coteaux, et petites parcelles de ble, pose sur le moindre mettre carre de terre

2 commentaires:

anne-marie a dit…

Bonjour Clara, c'est un peu de ton quotidien que tu nous envoies avec ces photos qui sont très belles comme d'hab. j'ai une préférence pour le portrait de la femme et l'enfant et ton cliché en NB. Tu ne nous dis rien de ton avancée. Où es tu ? As tu grignoté encore quelques kms à cette haute région ? Continue ton chemin, nous t'accompagnons avec coeur. Bises

anne-marie a dit…

Hier, je ne pouvais lire ses lignes. Je les découvre ce matin et cela donne vraiment envie d'être à tes côtés. Savoure chaque instant. Remplie ta besace de toutes ces odeurs, de ces paysages, de ces rires et sourires et de ces bruits. En te lisant je pense souvent au film "Danse avec les loups", toi c'est avec le Tibet que tu as la chance de danser.