mardi 17 juin 2008

Hauteur tibétaine


Arrivée tout la haut, je contemple la vallée qui s'étend à mes pieds, une vallée à 4700m d'altitude où je croyais ne trouver vie, et où pourtant s'égrène quelques tentes. Les nomades qui vivent là ont le visage bruni, les mains distordues par le froid, le corps fourbu et douleureux. La vie ici est ce qu'il y a de plus difficile.
Les plus proches villages sont à 90km de part et d'autre et l'hiver est une longue litanie où résonne le souffle du vent et de la neige, où l'on se camoufle sous des vêtements chauds et volumineux pour tenter de supporter le froid.

Et même en ce mois de juillet, je me réveille deux jours de suite dans un paysage d'un blanc immaculé, après avoir essuyé des nuits de tempête, et découvre au sortir de la tente mes chevaux les crins congelés. Les chevaux qui affronteront bravement cette traversée du désert à mes côtés, malgré le vent, la neige et le froid.

La rigueur du climat a cependant sa contrepartie, des ciels d'éternités, des lumières d'absolues et des moments de véritable grâce. Et puis quelques rencontres bienveillantes, tranchant avec les regards durs et circonspects qui m'accueillent souvent. Un vieux monsieur me héle un jour, alors que je marche tête baisssée en plein vent. Sans le moindre mot, il me mène dans sa maisonnette de terre et m'offre un bol de thé dans lequel le beurre fait une grosse tâche jaunâtre, se diluant dans le breuvage. Sans même songer que le goût est infect, j'avale la mixture qui me descend dans l'estomac, diluant sa chaleur dans mon corps frigorifié. C'est avec un grand sourire que l'homme me reconduit sur le pas de la porte.

"La solitude heureuse du voyageur" titrait Depardon. Je lui accorde en partie raison.
La solitude, gagne pas à pas, avec sérénite, et une expérience rare et précieuse.
C'est cependant en découvrant le village, le premier depuis 180km, que j'ai connu mon plus grand moment de joie. Un peu de dur, de concret, de sécurité, quelques murs renfermant une vie bruissante, quelques commerces et un lit pour ce soir.
s

4 commentaires:

Anonyme a dit…

enfin des nouvelles! merci!
Julie

anne-marie a dit…

La mère et l'enfant, superbe cliché. On devine un plein de douceur sur le visage de cette femme, ce qui contraste avec la dureté du pays et de son climat auquel tu fais fasse chaque jour. Difficile de s'imaginer affrontant les assauts virulents d'un éternel hiver. Quant à ce peuple, il est à l'image de ses intempéries, dur et sans concession. Difficile de trouver sa place pour les plus faibles. Douce nuit dans ta chambrette. Bises

Anonyme a dit…

Dans les rides profondes du visage du vieil homme,sculptées par le vent,le soleil,le froid,tu as lu l'histoire de son humanité.Continue. Traverse montagnes,cols,vallées;affronte vents,brûmes,neiges,il est trop tôt pour t'arrêter.Tu es heureuse,T.C.Clara, et nous avec Toi.albert L.

Anonyme a dit…

Clara ! Quels paysages incroyables ! Tu tiens bon ? Quel sacré bout de chemin tu auras parcouru, avec tes pieds et aussi avec ta tête (rebrousser chemin, faire confiance, se recentrer).
Te manda un beso muy grande. nini