vendredi 25 juillet 2008

Altérité

Xichang, matin brumeux, petite bourgade paumée du Sichuan.
Je cherche un endroit pour aller poser mon sac et me promener autour du lac.
Le lieu est imprégné de la culture Yi, l'ethnie dominante ici, et des femmes en tenue colorée arpentent les alentours du marché, cherchant quelques touristes à poursuivre la main tendue...où, quand la culture ethnique se prostitue au propre et au figuré au tourisme de masse, c'est ici le fait des chinois eux-mêmes.
D'ailleurs toutes les mains se tendent vers moi,les doigts se pointent et j'entends résonner des "laowai" (étrangère) tous les dix mètres.
Regards fixes, parfois bienveillants, souvent durs, "regarde l'étrangère, elle n'est pas comme nous, regarde son nez, ses yeux..."
Première tentative de prendre une chambre dans un hôtel miteux...je demande au type le prix de la chambre, et il me regarde avec un air révulsé, agitant sa main devant lui pour se protéger d'une éventuelle contamination, et me fait signe de partir comme on repousserait un chien. Je le regarde fixement et lit à voix haute la pancarte crasseuse affichée sur la bâtisse crasseuse dans cette rue crasseuse..."HOTEL, c'est bien ça non ! " dis-je en hurlant presque tant sa réaction me fait mal. Cette réaction de rejet brute, de racisme primaire qui ne s'embarrasse pas ici de bienséance. Pas d'étranger chez lui. "Crétin" dis-je, histoire de me soulager, et je m'éloigne sous les regards avec toute la dignité dont je suis capable, avec toute la solitude dont l'hostilité m'accable.
Deuxième tentative...et réaction similaire.

Révulsée, je m'assoie sur un banc et croque une pomme en silence, jusqu'à ce qu'un type puant et édenté vienne tenter de discuter dans un chinois que je ne comprends pas, insistant pour m'inviter chez lui, me complimentant éhontement. Me voici tombée sur le Don Juan le plus repoussant de la ville.

Quelque fois, la Chine me fatigue.

1 commentaire:

anne-marie a dit…

Dur, dur ce vendredi.... difficile de trouver les mots face à cette bêtise humaine.

J'espère que tu trouveras un lit pour cette nuit. Garde le moral.

bisous

PS. ton nez n'a rien de disgracieux et tes yeux sont emplis de richesse.