mardi 29 juillet 2008

Eprouver la promiscuité

La promiscuité.

J'ai compris subitement toute la charge que contenait ce mot.
"Il est associable, il ne supporte pas la promiscuité des autres".. facile à dire.
Mais qu'est ce que la promiscuité, sa nature triviale, quelles sont les multiples formes qu'elle revêt.
J'ai appris en Chine à ravaler ma pudeur, à ravaler mon désir de tranquilité et surtout ma réticence, naturelle dans certains cas, pour l'Autre.
Nul ne pourra m'affirmer que c'est une question de tolérance: se frotter à l'altérité radicale provoque toujours des réactions étranges, et parfois un rejet que seule la culture et l'éducation permettent d'endiguer.
Ainsi je ne me comporte pas à l'égard des chinois, pointant du doigt les autres en m'exclamant, "les étrangers", je ne fixe pas les gens avec dégoût, du moins j'essaye et je souris même, au moins engageant. Mais cela par ce que l'on me l'a appris.

Et pourtant la promiscuité est parfois douleureuse.
Ce sont les corps qui se heurtent dans les rues bondées des villes, qui se frôlent ou se cognent, qui se bousculent pour se frayer chemin.
Ce sont les corps qui se compriment les uns aux autres dans la file interminable devant les guichets des gares, et où l'on n'échappe pas à ce contact rapproché si l'on veut obtenir son billet.
Les corps qui luttent.
Les corps qui se touchent encore dans les bus trop petits et trop sales. Et ces corps sont ceux de l'Autre. Un autre qui parfois mange la bouche grande ouverte une aile de poulet odorifère, qui crache, qui postillonne, qui sue, qui sent fort, un autre parfois couvert de crasse. Un autre dont les vêtements élimés n'ont pas connu beaucoup de lessive et dont les dents pourries mériteraient plus de soin.

Un autre qui parfois révulse lorsque le corps à corps contraint vous fait entrer violemment en collision avec la triviale réalité des organismes soumis à rude épreuve, lorsque la découverte de la Chine à hauteur d'homme vous met face à la dure réalité d'une culture qui n'envisage pas forcément l'hygiène, la politesse ou ces évidences à nos yeux, sous le même angle.

Un Autre qui vous renvoie à votre propre trivialité et à la difficulté d'affronter la différence. Un Autre qui vous rappelle sans cesse que malgré les efforts, vous aussi êtes "L'Autre", que vous aussi dégoûtez parfois. Ainsi cet homme qui me fixa d'un air révulsé en montant dans le bus, prenant soin de s'asseoir au plus loin de moi.

Et puis la promiscuité c'est aussi celle que les autres recherchent en votre compagnie, en la compagnie de "l'étranger". Tous ces gens qui viennent s'asseoir à mes côtés lorsque je mange, me fixer, qui me pointent du doigt, rient et commentent mes déambulations. Ceux qui tiennent à marcher dans la rue à mes côtés, me piétinant presque en voulant être tout près de moi. Ceux qui se penchent sur mon épaule lorsque j'écris, en s'appuyant sur mon dos, ceux qui viennent dans ma chambre, ma tente même, pour m'observer.

Celles qui tiennent absolument à me suivre au toilettes, qui n'ont généralement pas de porte, car après tout, peut-être que l'étrangère n'est pas comme elles...

Curiosité non malveillante, mais qui s'avère pesante souvent.
Sentiment d'être quelque chose d'exotique, voir de parfaitement étrange ou terrifiant.

Sentiment que ma propre humanité est mise en question.

La Chine m'a imposé cela, elle m'a appris aussi, à aller au delà. A manger sous les regards scrutateurs, à me coucher en sachant que peut être un gamin veillait par le trou de la serrure, à me promener en sentant tous les regards se poser sur moi. Et en ce matin de juillet, dans ce village Yi à flanc de montagne, je sens bien que mon arrivée fait évènement, et que ma présence crée la pagaille. Je sens bien que je suis pour toujours l'"Etrangère"

3 commentaires:

anne-marie a dit…

Bonjour Clara, difficile de rebondir sur ce chapitre tant ton ressenti est profond et peu accessible à celui qui n'est à tes côtés. Se faire apprivoiser par l'Autre relève parfois de l'exploit.
Lorsque l'Autre est construit de méfiance et d'ignorance, difficile de polir cette carapace en si peu de temps, ce qui est ton cas. Comme un voyageur universel tu navigues à travers cette partie du monde à la rencontre de l'Autre et de son environnement quotidien qui pour le coup manque cruellement d'ouverture. L'ignorance est un maux qui ronge celui qui en victime et se sentir étrangère laisse un goût amère dans nos mémoires.....
Continue à survoler le pays de Maõ, nos coeurs t'accompagnent.
bises

anne-marie a dit…

Bonjour Clara, difficile de rebondir sur ce chapitre tant ton ressenti est profond et peu accessible à celui qui n'est à tes côtés. Se faire apprivoiser par l'Autre relève parfois de l'exploit.
Lorsque l'Autre est construit de méfiance et d'ignorance, difficile de polir cette carapace en si peu de temps, ce qui est ton cas. Comme un voyageur universel tu navigues à travers cette partie du monde à la rencontre de l'Autre et de son environnement quotidien qui pour le coup manque cruellement d'ouverture. L'ignorance est un maux qui ronge celui qui en victime et se sentir étrangère laisse un goût amère dans nos mémoires.....
Continue à survoler le pays de Maõ, nos coeurs t'accompagnent.
bises

Cédric a dit…

Effectivement, la promiscuité en Chine, c'est quelque chose de formidable. Mais quand on est dans ces jours où le moral n'est pas au top, elle peut parfois être dure à vivre!