lundi 14 juillet 2008

Regarder la mort sans tragique

La mort était là, présente, partout, emboitant chacun de mes pas, suivant les mêmes sentiers que moi au plus profond du Tibet, empruntant les mêmes pensées alambiquées, peuplant mes rêves et mes visions.
La mort voguait doucement à mes côtés, dans le vent du printemps, dans les roches, dans cette terre que je foulais.
Elle était là dans chaque maison chinoise se manifestant dans les portraits des ancêtres que l'on honore ici, dans les autels des tibétains.
Elle était encore là dans le regard de ces vieux tibétains, ceux qui ont tant vécu qu'ils habitent les confins de notre monde, qu'ils survivent au bord du précipice, et s'éteignent dans un souffle, une prière.
Elle était là, ténue, presque douce, et ces immensités sans bornes, et cette solitude profonde m'y renvoyaient sans cesse, comme une idée entêtante.
Elle m'a regardée de face lorsque mes yeux se sont fixés un jour sur une masse se mouvant de manière imperceptible dans les hautes herbes, faisant bondir les chevaux de terreur. Une jeune yack qui s'était éloigné du troupeau pour mourir....les animaux sentent lorsque la fin est proche et s'isolent, comme par pudeur. Je l'ai regardé fixement, émue, et je l'ai vu expirer, dans un souffle court. J'ai vu le dernier spasme de vie qui agitait ce corps animal, avant de l'abandonner.
Elle m'a frappée deux fois à distance dans les "c'est fini" des mails. L'écran plat de l'ordinateur ne donnant aucune forme à l'absence, et ces sentences lapidaires masquant mal le vide laissé.

"Les chinois regardent la mort sans tragique" disait Henri Michaux dans "Un barbare en Asie". Il est vrai que l'Asie envisage la mort bien différemment de l'occident. Non pas masquée, elle est presque publique dans des sociétés où la notion d'intimité et de vie privée est relativement absente. Et elle laisse place à la réincarnation. Ainsi les morts sont partout, dans l'air, l'eau et les pierres, environnent de leur présence flottante, les proches.

Celia, Floriane, Sarah, restez droites grandes et belles, conservez ces immenses sourires qui font de vous des filles sublimes.
Je vous embrasse.

2 commentaires:

Star Trek a dit…

Lauréat SPB 2008, je pars dans quelques jours pour le Tibet. Je découvre en ce moment ton blog qui est d'une grande qualité. Félécitations ! Je te souhaite de vivre pleinement jusqu'à la dernière goutte ce voyage et de continuer à nous faire savourer ta vision de l'aventure, si précise, que je me revois traverser ce pays continent. Je salue là l'envolée littéraire qui sonne et chante dans chacun de tes articles, comme un appel, où l'on ressent toute la sensibilité féminine d'une grande voyageuse. Bon vent !

anne-marie a dit…

Bonjour Clara, quel chapitre !!
tu nous projette dans les profondeurs de ton ressenti, je n'ose dire de ton âme, tant les mots choisis font mouche. Il y a là un message de vécu et d'authenticité très bien écrit.
Garde le cap. Bises