jeudi 14 août 2008

Et la suite?

Je ne connais pas tout de la suite des évènements.
Je vais revenir en France, finir mes études, continuer à rêver, et après ?
Quand à la suite de ce blog, qui a été une vraie interface entre mon voyage et les autres, je continuerai peut être d'y distiller les textes que j'ai en jachère. Cette fois ci après reécriture, car tout ce que j'ai écrit ici était de l'ordre de l'"improvisation" et pas toujours tapé dans les conditions idéales....souvent je me trouvais dans des lieux plus ou moins inconfortables avec une bonne dizaine de curieux collés derrière moi.

Je vous invite en tout cas à aller faire un tour aux adresses que j'ai indiquées plus bas.
Sur le site At shabych de Jacqueline Ripart, immense voyageuse qui agit depuis six ans pour faire revivre les cultures équestres du Kirghizistan et du Tadjikistan. Une femme de terrain doublée d'une personalité peu commune.

Pour les cavaliers sur le site de la sellerie Guichard, du matériel à toute épreuve(celle du Tibet c'est pas mal) et des liens avec des sites de voyageurs à cheval, espèce de voyageur un peu à part qui se refuse de partir sans équidé...En ferais-je partie ?

Christophe Tattu part pour une marche de 3000km au Tibet, dans le but de témoigner de la condition de ce peuple. Un itinéraire pour voyageur aguerri et un périple altier donnera lieu à un film au retour.

La guilde Européenne du Raid qui aide à faire vivre le monde de l'aventure en France et propose aussi des missions de volontariat pour ceux qui sont plus tentés par ce type d'engagement.

.....et la fondation Zellidja. Je ne remercierais jamais assez cette vaste famille de m'avoir permis de partir à 19 ans chez les nomades kirghize, avec mon cheval noir Baltahzar. Transmettez ce lien à tous les 16-20 ans qui cherchent élan et aide financière pour se lancer dans le vide.
Pas besoin d'aller au bout du monde, Zellidja subventionne tous les projets individuels de voyage qui démontrent envie et curiosité.

Demain, la France.

mercredi 13 août 2008

Ils ont beau le gratter, jamais ils n'atteindront le ciel

Les buildings clinquants s'élèvent dans les airs avec une insolence doublée d'une ironie sans scrupule alors qu'ils se rient des curieux qui perdent l'équilibre en se tordant le coup pour en voir le sommet. Les curieux peu nombreux car les Hong-kongais semblent ne même plus réaliser l'étrangeté de ce paysage vertical qui vient faire offense à l'universelle ligne d'horizon.
Mais pas d'horizon lointain, car HK la cosmopolite, qui s'imagine un petit centre du monde, vit en fait dans une bulle. Une bulle d'argent et de luxe au coeur de l'Asie du sud. Le monde de la banque et de la finance, son langage obscur, ses rêves étranges, ses aspirations terrifiantes et son incroyable fatuité.

Vanité.

Les existences se croisent et se perdent dans cet univers factice, qui concentre l'une des plus grande densité de population de la planète, l'une des plus importante concentration de richesse, et les plus grands fossés aussi entre deux mondes parallèles: celui des riches et celui des pauvres. Cette vision manichéenne du monde semble presque coller à Hong-Kong comme une seconde peau. J'ai le sentiment étrange que cette ville n'offre d'autre activité que gagner beaucoup d'argent, en dépenser encore plus, ou servir ceux qui gagnent et dépensent l'argent, ce sont les mêmes évidemment.

On est loin du Tibet, des horizons sans fin, du dénuement profond, de la spiritualité omniprèsente. On est loin du désert, des oasis et de la chaleur humaine, du pain que l'on partage avec le voyageur. On est loin de l'Emei Shan, des mystères et de l'érémitisme. On est loin des campagnes du sud, de ce vert éblouissant et de ces vies simples et anonymes. On est loin des villes du centre de la Chine, de la débrouille et du chaos joyeux des marchés du matin.

La Chine m'a offert ce que je souhaitais; des contrastes violents, des claques dans la figure en guise de leçon de vie, des espaces sans fin d'une beauté indicible et des rencontres hors du temps. J'y ai cotoyé des peuples de tous bord: des ouighours, Hui, mongols, kazakhs, kirghizes, Tu, salaars, tibetains, Yi, naxi, bai, et bien sur des Hans. J'ai vu le désert et les sommets altiers du Tibet, les villes grouillantes comme les campements nomades. J'ai connu les tempêtes de neige des hauts plateaux, les tempêtes de sable du désert, la chaleur des forêts sub-tropicales, la saleté des villes. J'ai vécu chez des musulmans, des boudhistes, des taoistes, des chrétiens, dans une Chine bien plus baignée de religion que son gouvernement ne veux le croire.

J'ai peu ri, pleuré des fois, souri toujours, serré les dents souvent, crié une fois, chanté chaque jour de marche, médité de temps à autres, murmuré à mes chevaux, parlé avec difficulté une langue qui n'était pas la mienne.

J'ai vu, j'ai vécu la Chine, chemin faisant, avec Toksun, avec Eole et Zephyr, et tous ceux qui ont croisé ma route et dont je m'attachais, cahier en main chaque soir, à écrire les portraits.

Je rentre en France gonflée d'énergie et de joie, sans illusions, sans désillusions non plus.
Lucide.

Je vous remercie d'avoir suivi de près ou de loin ce journal de bord.
Je remercie ceux qui m'ont aidée, à leur manière, et il y en a eu beaucoup en France, et en Chine surtout. C'est à tous ceux qui m'ont nourrie, logée, aidée, ou tout juste souri que je dois la réussite de ce périple.

Si j'ai marché seule, ce sont les autres qui m'ont permis de le faire, j'en suis très consciente.



....Ils ont beau gratter de toute leur force, ils n'atteindront pas le ciel.

dimanche 10 août 2008


Le voyageur inconciliable.

Le voyageur, idéaliste, rêveur éperdu, perdu aussi parfois, aspire au calme alors même qu'un irrésistible mouvement le pousse vers l'avant.
Tout en avancant, il tend vers un équilibre qu'il n'atteindra jamais, lui qui ne cesse de basculer dans sa course contre le temps, se rattraper, filer de nouveau vers l'avant, vers cette route qui l'aimante.

Il est la proie de désirs incompressibles, qui s'épandent en lui, emplissent son âme jusqu'au trop-plein, comme pour combler un vide qui y reprend sans cesse sa place.
Il est la proie du temps qui court sans perdre haleine, alors que lui ne sait que marcher; et dans son innocence, il croit pourtant en épouser le mouvement.
Il est prisonnier de ses rêves et des élans qu'ils engendrent, d'une énergie qui le lie à la route et anime chacun de ses pas.
Il se croit éternel alors que chaque seconde qui passe laisse sa marque, il se croit immortel alors que la fin le talonne.
Il est entre les mains du doute, des illusions déçues et du désir puissant de voir et de comprendre.

Le voyageur, avide de vie, arrive au temple.

Au dessus de sa tête, une inscription en caractère: " Avec lenteur marche, avec parcimonie exprime toi"
Le voyageur ne sait pas que la vérité qu'il cherche à grandes enjambées se trouve là, au dessus de sa tête, derrière ces mots étranges et qu'il lui suffirait de s'arrêter pour la découvrir.
Il ne sait pas que la réponse au mouvement se trouve dans l'immobilité et que les mots les plus sages demandent le silence pour être entendus.

Alors il crie son amour de la vie, et repart à grands pas.

jeudi 7 août 2008

Macao Insolite





Nouvelle forme de nationalisme, ou amour de la patrie à la chinoise.
Et si on tatouait "vive la France" sur nos petits ?

Intéressant, la banane porte-encens, a essayer chez vous, trés graphique comme design.

Exposition de Slip macanais.

hum

Casino versus Vieux quartiers portugais bis





Macao ne s'est tout d'abord pas offert à moi sous les meilleurs auspices...Après un périple de plus de trente-cinq heures de train et bus divers me voici enfin au sud-est de la chine. Après avoir expérimentée les tempêtes de sable de l'extrême nord ouest, me voici en plein tropique sous la foudre d'un typhon....au terme d'une queue interminable je gagne le poste frontière qui me permet de rejoindre Macao et Hong Kong.....et donc de sortir de Chine de manière définitive car en quittant le continent je mets fin à mon visa. Quelques minutes plus tard, comprenant hébétée que la fin est là, à quelques pas de l'océan pacifique, je me retrouve dans les rues de Macao, sous un torrent de pluie chaude et lourde. Le vent est si violent qu'il arrache mon parapluie orange qui pend lamentablement. Je sors alors mon attirail de guerrière: un sac poubelle...dans lequel j'emballe mon sac, et c'est chargée comme un chameau, vêtue comme une souillon et épuisée que je gagne les rues étroites de Macao.
Je comprends vite que je ne vais pas pouvoir aller bien loin sans la monnaie locale...le Pataca. Me voici en quête de Pataca alors que la nuit tombe et que les bureaux de change sont fermés. Je finis par trouver une espèce de petit escroc local qui m'échange quelques Pataca sous le manteau, et me mets en quête d'un hôtel.
Je vous épargne la description de ce qui fut une quête éreintante et interminable d'une chambre bon marché...après deux heures d'errance humide, le dos en miettes, je me pose au sol sur mon sac, résignée à ne pas payer un prix délirant pour la nuit, quitte à dormir ici, dehors, après tout j'en ai vu d'autres me dis-je.
C'est donc au bord de la crise de larmes qu'un jeune allemand au regard sympathique me récupère et m'entraîne à sa suite en riant dans l'Hospéderia Sanva, la moins chère de Macao. Je me hisse avec peine dans les escaliers obtus de cette vieille demeure portugaise, avec la sensation d'être un de ces "young fellow" ayant parcouru les mers et survécu aux tempêtes et arrivant enfin à l'autre bout du monde, en Orient, pour faire fortune...le XIX éme siècle de Joseph Conrad n'est pas loin. Le XVI éme non plus, le lendemain alors que je me promène sur les ruines de l'Eglise bâtie en 1559 par les premiers jésuites...ils avaient du cran ceux là d'être venus jusqu'ici.
Macao est un étrange mélange entre l'ile de la Tentation à proprement parler, avec ses casinos, ses restaurants opulents, ses boutiques et ses patisseries. De quoi revenir gras et fauché après un séjour prolongé ici. Et puis il y a ce je-ne sais-quoi d'authentique au détour des ruelles pavées et tortueuses, derrière le miroir de l'argent et les facades polies des demeures coloniales. Ce mélange étonnant, détonnant de culture sud chinoise et portugaise, d'occident et d'Orient. Le kitsh un peu désuet à la chinoise avec un peu de cachet européen. Le fouillis des rues chinoises et les tropiques mettent à portée de main l'Europe du sud....et une tasse de café, alors que j'écris mon journal de bord en me délectant de petits flans dorés.
Macao, la moitiée du chemin vers l'europe est déjà parcourue.

Casino versus Vieux quartiers portugais


Chrétiens et boudhistes




dimanche 3 août 2008

Variation sur le thème du sommeil





En Chine on dort partout,
comme on veut, il suffit de se laisser aller au sommeil...dans le train, ou encore sur la table du restaurant de quartier, dans la rue, à même le sol pour les plus malchanceux, ou confortablement dans les sièges lorsque l'on est porteur, puisque le dernier chic pour les chinois riches c'est de se faire porter dans les montagnes...

La ville Amère

Au sol un homme git.

La foule continue de s'écouler dans la rue, abondante, tout comme l'eau qui se déverse dans les rues sous cette pluie diluvienne.

L'homme gît dans la rue devenue ruisseau.

Partout des microphones en main, affublés de costumes plus ou moins ridicules, de jeunes marchands s'égosillent pour vendre plus de téléphones portables, qui font aussi, miracle, GPS, radio, caméra ou télé...
"Et il fait à manger aussi?". Moi,moqueuse.
"Bah non...". Le vendeur désappointé.

L'homme relève la tête et regarde sa coupelle, emplie de billets trempés.

Les tours de verre de Kunming,qui s'imagine petite Shanghaï du sud, surplombent le vaste centre commercial au centre-ville. Au pied de la tour la plus haute, vêtue d'argent, la foule compacte qui se masse vers le "Carrefour" pour acheter ses légumes trois fois plus cher qu'au marché.

L'homme gît toujours, dans un sommeil de mort.

D'ailleurs quelque chose en lui est sans doute mort à vivre ainsi au ras du sol.

Ecoeurée, je cours sous la pluie pour regagner ma chambre.
La ville amère me laisse un goût étrange.

Pourtant je l'avais bien aimé Kunming le premier jour, ses quartiers étudiants foisonnants de café à l'européenne, de bars et de boutiques de vêtements branchés.
Son ciel presque bleu et son climat frais.

Mais rien ni fait, l'envie d'écrire se ternit, celle de parler aux gens, l'enthousiasme se fanne avec les jours. J'ai la ville amère.