mercredi 13 août 2008

Ils ont beau le gratter, jamais ils n'atteindront le ciel

Les buildings clinquants s'élèvent dans les airs avec une insolence doublée d'une ironie sans scrupule alors qu'ils se rient des curieux qui perdent l'équilibre en se tordant le coup pour en voir le sommet. Les curieux peu nombreux car les Hong-kongais semblent ne même plus réaliser l'étrangeté de ce paysage vertical qui vient faire offense à l'universelle ligne d'horizon.
Mais pas d'horizon lointain, car HK la cosmopolite, qui s'imagine un petit centre du monde, vit en fait dans une bulle. Une bulle d'argent et de luxe au coeur de l'Asie du sud. Le monde de la banque et de la finance, son langage obscur, ses rêves étranges, ses aspirations terrifiantes et son incroyable fatuité.

Vanité.

Les existences se croisent et se perdent dans cet univers factice, qui concentre l'une des plus grande densité de population de la planète, l'une des plus importante concentration de richesse, et les plus grands fossés aussi entre deux mondes parallèles: celui des riches et celui des pauvres. Cette vision manichéenne du monde semble presque coller à Hong-Kong comme une seconde peau. J'ai le sentiment étrange que cette ville n'offre d'autre activité que gagner beaucoup d'argent, en dépenser encore plus, ou servir ceux qui gagnent et dépensent l'argent, ce sont les mêmes évidemment.

On est loin du Tibet, des horizons sans fin, du dénuement profond, de la spiritualité omniprèsente. On est loin du désert, des oasis et de la chaleur humaine, du pain que l'on partage avec le voyageur. On est loin de l'Emei Shan, des mystères et de l'érémitisme. On est loin des campagnes du sud, de ce vert éblouissant et de ces vies simples et anonymes. On est loin des villes du centre de la Chine, de la débrouille et du chaos joyeux des marchés du matin.

La Chine m'a offert ce que je souhaitais; des contrastes violents, des claques dans la figure en guise de leçon de vie, des espaces sans fin d'une beauté indicible et des rencontres hors du temps. J'y ai cotoyé des peuples de tous bord: des ouighours, Hui, mongols, kazakhs, kirghizes, Tu, salaars, tibetains, Yi, naxi, bai, et bien sur des Hans. J'ai vu le désert et les sommets altiers du Tibet, les villes grouillantes comme les campements nomades. J'ai connu les tempêtes de neige des hauts plateaux, les tempêtes de sable du désert, la chaleur des forêts sub-tropicales, la saleté des villes. J'ai vécu chez des musulmans, des boudhistes, des taoistes, des chrétiens, dans une Chine bien plus baignée de religion que son gouvernement ne veux le croire.

J'ai peu ri, pleuré des fois, souri toujours, serré les dents souvent, crié une fois, chanté chaque jour de marche, médité de temps à autres, murmuré à mes chevaux, parlé avec difficulté une langue qui n'était pas la mienne.

J'ai vu, j'ai vécu la Chine, chemin faisant, avec Toksun, avec Eole et Zephyr, et tous ceux qui ont croisé ma route et dont je m'attachais, cahier en main chaque soir, à écrire les portraits.

Je rentre en France gonflée d'énergie et de joie, sans illusions, sans désillusions non plus.
Lucide.

Je vous remercie d'avoir suivi de près ou de loin ce journal de bord.
Je remercie ceux qui m'ont aidée, à leur manière, et il y en a eu beaucoup en France, et en Chine surtout. C'est à tous ceux qui m'ont nourrie, logée, aidée, ou tout juste souri que je dois la réussite de ce périple.

Si j'ai marché seule, ce sont les autres qui m'ont permis de le faire, j'en suis très consciente.



....Ils ont beau gratter de toute leur force, ils n'atteindront pas le ciel.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Encore BRAVO pour ce voyage que nous avons pu suivre de loin, tranquillement assis dans nos fauteuils.
Maria1

Caroline et Nicolas a dit…

C'est avec émotion que je lis tes derniers écrits.
Dommage!
Depuis le début, chaques jours je regarde ton blog et je savoure tes mots.

J'espére pouvoir lire un de tes prochain voyages.
Peut être un livre que tu auras écrit!

MERCI pour cette trace de ton voyage sur la toile.

Sincére salutation.
Belle route à toi.
Caroline

Florian a dit…

Un grand merci à toi de nous avoir fait partager tes aventures rocambolesques. J'ai pris un réel plaisir à te lire tout au long de ton périple.

Florian

Marjolaine a dit…

Je reviens juste de vacances et je me suis plongée dans la suite de tes aventures qui se terminent maintenant... Alors je te tire encore une fois un grand coup de chapeau pour ce que tu as fait et encore merci de nous avoir fait partager tous ça sur ce blog. Tes mots ont vraiment quelque chose de très fort !

Marjolaine

Anonyme a dit…

Message pour CLARA.

Tant que la CHINE ne rendra pas l'indépendance au TIBET, ce pays, la CHINE, ne sera JAMAIS dans mon coeur.

En outre, L'INDE est bien plus fascinant que la Chine.
À méditer, chère Clara.